Wednesday, April 15, 2009

L’implantation rampante du coton Bt au Burkina Faso.

La question des Organismes génétiquement modifiés (OGM) reste assez mystérieuse pour le grand public. Dès leur apparition dans les années 80, ils ont suscité la controverse et l’inquiétude. Beaucoup y ont vu un progrès fantastique et prometteur pour le devenir humain, d’autres craignent qu’on ait ouvert une nouvelle boite de Pandore, et redoutent ses effets inconnus et non maîtrisables. Le débat scientifique, les batailles d’experts, ne doivent pas nous aveugler. Sous le couvert de la recherche scientifique, de gigantesques enjeux économiques se profilent. D’autre part, le Burkina Faso est le second pays africain, après l’Afrique du Sud, à s’engager résolument dans la culture du coton BT qui est génétiquement modifié. 15 000 hectares seront semés en plein champ cette année. Il serait temps que les Burkinabè sachent de quoi il s’agit, et qu’ils s’informent à d’autres sources que celles des multinationales qui produisent les OGM.

La cellule est l’élément constitutif fondamental de tout être vivant, animal ou végétal. L’homme est constitué de milliards de cellules. Au centre de chaque cellule se trouve le noyau, et à l’intérieur de ce noyau, il y a les "chromosomes". Ceux-ci sont porteurs du patrimoine héréditaire (ADN). Les chromosomes sont constitués de segments appelés "gènes". Chaque gène correspond à un caractère déterminé. Les gènes sont transmis des parents aux enfants. L’ensemble des gènes forme le "génome". Les scientifiques, sans égard pour l’étrange et mystérieuse complexité du vivant, sont intervenus dans le processus naturel pour fabriquer de nouvelles créatures. Ainsi ils sont parvenus à ôter un gène d’un organisme vivant pour le transférer dans un autre organisme vivant, afin de lui conférer un nouveau caractère héréditaire.

L’être vivant ainsi modifié est appelé : OGM. Depuis des millénaires, l’humanité a cherché à améliorer la qualité des plantes dont elle se nourrit et à les adapter aux conditions climatiques et géologiques. Mais elle l’a fait par la sélection et les croisements naturels des meilleures semences. Ainsi le maïs était une plante sauvage que les Indiens d’Amérique ont domestiqué pour en faire la céréale que nous connaissons. Le processus naturel des croisements a donné la "biodiversité", c’est-à-dire une grande variété au sein d’une même espèce : ainsi il y a du maïs blanc, rouge ou jaune, tendre ou farineux, adapté à tel ou tel sol, à telle ou telle altitude. Cette précieuse biodiversité est le résultat de l’observation et du travail d’innombrables générations de paysans.

Les croisements naturels entre espèces différentes sont impossibles. On appelle cela "la barrière des espèces". Une chèvre et un mouton ne peuvent pas procréer. Un singe et un être humain non plus. Certaines espèces voisines comme l’âne et le cheval ou le tigre et le lion, s’ils s’accouplent ne donneront qu’une progéniture stérile (le mulet, le tigron). La sexualité des plantes et des animaux est l’union dynamique du masculin et du féminin pour transmettre la vie. Or la manipulation génétique intervient avant la rencontre sexuelle. La plupart des généticiens considèrent l’organisme vivant comme un matériau dépourvu d’intelligence, comme des briques qu’on peut assembler et déplacer selon le but recherché. Pour eux, la vie n’est plus qu’"un vaste ensemble de réactions chimiques".

Quels sont les buts recherchés ?

Dans le domaine de l’agriculture -le seul que nous aborderons- il s’agit d’améliorer le rendement, la conservation ou la qualité d’une plante. Voici quelques exemples de créations déjà réalisées : un gène de porc introduit dans la tomate (plus de fermeté, meilleure conservation), un gène humain dans le saumon (poisson plus gros). Un savant a même inventé un lapin fluorescent pour distraire son équipe…

Mais nous allons revenir au Burkina Faso et porter notre attention sur la culture du coton BT. "BT" signifie qu’un gène d’une bactérie du sol (bacillus thuringiensis) a été incorporé à la plante de coton pour produire une toxine insecticide. Celle-ci est mortelle pour les chenilles qui la mangent. Ce qui a pour avantage de réduire considérablement les traitements insecticides nécessaires pour protéger le coton (de 6 à 2 en principe) et par suite d’augmenter le rendement. Le coton BT est produit par la firme américaine Monsanto qui prétend ainsi résoudre les problèmes des paysans africains et contribuer à la lutte contre la pauvreté. Les sceptiques ne seraient que des gens tournés vers le passé qui refusent le "progrès".

Le coton BIO :

Depuis 1999, l’ONG suisse Helvétas a lancé au Mali puis au Burkina Faso la culture du coton biologique, c’est-à-dire sans intrants chimiques. Il occupe encore des surfaces modestes bien que ses résultats soient très intéressants : les paysans s’engagent à n’utiliser aucun engrais ni pesticide chimiques qu’ils remplacent par le compost et les produits naturels. Le rendement est inférieur à celui du coton conventionnel, mais largement compensé par l’économie de traitements chimiques. Ainsi le coton bio, très demandé en Europe, est payé 300 CFA le kg (contre 145 CFA en 2007 pour le coton conventionnel) . Avantages : les sols sont préservés, les revenus sont décents et la méthode est à la portée des petites exploitations familiales. De plus, pas d’endettement, et pas d’empoisonnement par les produits toxiques… Par contre, cette culture nécessite la formation des paysans et un suivi qui ne permet pas pour l’instant de dépasser 10 000 petits producteurs.

L’implantation rampante du coton Bt.

La SOFITEX n’est guère favorable à cette initiative qui la prive, elle et ses actionnaires, des revenus des intrants qu’elle vend aux cotonculteurs et qui constituent une part importante de ses bénéfices. A l’examen de tous ces risques et incertitudes, et en considérant des solutions plus appropriées au contexte africain, on a du mal à comprendre comment le coton BT pourrait résoudre les difficultés des cotonculteurs. D’autant plus que leurs véritables problèmes sont ailleurs : les sécheresses dues au réchauffement climatique, les criquets, la concurrence asiatique, et les subventions accordées aux cotonculteurs américains qui font baisser le prix du coton africain. Mais alors ? Pourquoi tant d’enthousiasme de la part des responsables du Burkina Faso ?

Le 19 février 2008, le professeur Maxime Somé et l’ancien ministre des Ressources animales, M. Alassane Séré, tous deux membres du BBA (Burkina Biotech Association) ont donné une conférence de presse organisée par l’ISAAA (International Service for the Acquisition of Agri-biotech Applications) qui avait pour but de rassurer la population burkinabè au sujet des OGM en leur apportant une information "saine et juste". Après avoir qualifié le front anti-OGM de "rêveurs", ils ont déclaré que les négociations avec Monsanto s’étaient passées dans un climat de partenariat "franc et constructif". Selon ces accords, 70 % des bénéfices reviendront aux Burkinabais…

Mais il n’est pas précisé la part qui reviendra aux cotonculteurs. De plus, pas un mot sur l’épineuse question des brevets. Qu’est-ce que l’ISAAA ? Elle se présente comme une organisation à but non lucratif qui a pour mission de soutenir le développement des pays du Sud. Mais internet nous permet rapidement d’établir ses liens avec Monsanto, avec la Fondation Rockefeller, et avec la Banque Mondiale. L’ISAAA est en fait une agence américaine qui dispose de fonds inépuisables pour promouvoir les OGM sur tous les continents. Elle offre des voyages d’études et des bourses à des scientifiques pour les former aux techniques du génie génétique dans les laboratoires privés et publics des Etats-Unis. Sa stratégie - qui est celle de l’USAID - consiste à cibler les élites d’un pays et à les gagner à sa cause par des arguments sonnants et trébuchants. Elle n’oublie pas les journalistes qu’elle traite bien et à qui elle dispense la bonne information - c’est-à-dire la sienne -donnée par des "experts" payés par la firme. Comment résister au chant des sirènes, quand on est un chercheur ressortissant d’un pays vraiment pauvre ?

En réalité, seuls les instituts de recherche comme le BBA seront généreusement dotés. En contrepartie, il est normal que les chercheurs locaux servent les intérêts des Etats-Unis avant ceux du peuple burkinabais. C’est une nouvelle forme de colonialisme qui se met en place et qui transformera les petits exploitants africains en ouvriers agricoles livrés aux caprices de l’agrobusiness international.

Kass El Diany (Source ATTAC) Nouvelle Libération du 18 juin 2008

Conférence internationale de UE sur le coton Bt au Burkina Faso.

GMO Conférence sur le Coton / Discours d’ouverture / Ouagadougou 16-18 Septembre 2008, Burkina-Faso,

source: 16 septembre 2008/African Press Organization (APO)/

http://appablog.wordpress.com/2008/09/16/gmo-conference-sur-le-coton-discours-d’ouverture-ouagadougou-16-18-septembre-2008/

Discours d’ouverture

Monsieur le Représentant du Secrétariat du Groupe ACP, Monsieur le Président du COS-coton, Monsieur le Représentant du Ministère du Commerce, Monsieur le Représentant du Ministère de l’Agriculture, Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs et Chefs de coopération des Etats membres de l’Union européenne, Messieurs les membres de l’AICB, Honorables invités, Mesdames et Messieurs,

C’est avec un réel plaisir que je prends la parole pour vous souhaiter la bienvenue à l’occasion de cette conférence sur le coton génétiquement modifié.

Le coton est une culture importante en Afrique. Il est cultivé dans plus de 30 pays Africains, dont certains parmi les pays les plus pauvres du monde. De plus, il est surtout le fait de petits planteurs, dont les revenus familiaux sont généralement inférieurs aux revenus moyens des familles dans les pays concernés. Le coton est aussi fortement lié à la sécurité alimentaire. On le produit dans des exploitations produisant du maïs, du mil, du manioc et d’autres cultures vivrières. La culture du coton signifie souvent un accès au crédit et aux intrants et, par conséquent, des rendements plus importants pour les cultures vivrières. Le coton est aussi important en termes de création d’emplois. La FAO a estimé que l’emploi total attribuable au coton au niveau des exploitations agricoles du Burkina Faso, Mali, Benin et Tchad comptait à lui seul pour 2 millions de travailleurs. Pour ces raisons, le coton occupe une place spéciale dans la coopération entre l’UE et l’Afrique.

Vous vous souviendrez de la baisse historique du prix du coton au début de ce siècle. L’UE reconnût rapidement les difficultés que cette situation causait aux les pays producteurs de coton en Afrique. En réponse à cela, la Commission Européenne a organisé en juillet 2004 à Paris un Forum sur le Coton, afin de réunir les représentants Africain et Européens. Le résultat de cette conférence a été un accord de Partenariat, basé sur un Plan d’Action pour le Coton établi de commun accord. Ce Plan d’Action a orienté l’agenda de la coopération au développement durant ces trois dernières années entre l’UE et nos partenaires Africains, et continuera à le faire dans le futur proche.

Pour la mise en œuvre du Partenariat UE-Afrique pour le Coton, l’UE a mobilisé des ressources financières importantes. Plus de 260 millions d’euros ont été alloués à des programmes et des projets sur le coton, dont 140 millions d’euros ont été canalisés à travers la Commission Européenne. Ces montants incluent les appuis budgétaires sectoriels, où l’appui au secteur cotonnier a été ciblé, mais excluent les appuis budgétaires généraux aux pays producteurs de coton. L’appui budgétaire général a malgré cela été substantiel et a été une source importante de soutien qui peut être utilisée de manière rapide pour mitiger les effets négatifs de la chute des prix du coton sur les macro-économies des pays concernés. Le montant total que je mentionnais, à savoir € 260 million dédiés au coton, est de loin la contribution la plus importante allouée au coton fournie par un partenaire du développement.

Actuellement, la mise en œuvre du Partenariat bat son plein. La Commission Européenne a décaissé à ce jour 50 millions d’euros, ce qui représente plus d’un tiers du montant total alloué au coton. Les pays concernés par ces décaissements sont nombreux et comprennent entre autres la Centrafrique, la Cote d’Ivoire, le Mali, le Mozambique et le Zimbabwe. La plupart des programmes et projets sont actuellement en pleine mise en œuvre et une augmentation des décaissements peut donc être attendue pour les mois à venir.

La Commission européenne a largement participé également au développement du secteur coton burkinabé à travers des appuis directs à la SOFITEX et à l’Union Nationale des Producteurs de Coton Burkinabé (UNPCB) ainsi qu’aux groupements de producteurs de coton, dans le cadre du mécanisme de stabilisation des exportations “STABEX”. La construction d’infrastructures villageoises et la réhabilitation des routes nationales RN1 et RN4 utilisées pour le transport du coton, en sont des exemples. Plus récemment, dans un contexte de crise financière aiguë de la filière, la Commission européenne a apporté un appui à la définition et à la mise en œuvre d’une stratégie de sortie de crise par les acteurs de la filière, stratégie qui prévoyait notamment la recapitalisation des sociétés cotonnières. C’est dans ce cadre qu’un appui budgétaire sectoriel de 10 millions d’euros, signé en novembre 2007, a permis au gouvernement burkinabé d’assurer la prise en charge, sous forme de don, d’une partie de la participation de l’UNPCB à l’augmentation de capital des sociétés cotonnières. Le décaissement de la première tranche fixe de 8 millions d’euros se fera très prochainement, suite à la décision de recapitalisation de la SOCOMA prise ce 8 septembre 2008.

Les organismes génétiquement modifiés occupent une place prépondérante dans la culture du coton. Le coton génétiquement modifié est cultivé dans de nombreux pays en voie de développement, entre autres en Chine, en Inde, au Mexique et en Afrique du Sud. Son utilisation n’est pas toutefois sans provoquer une controverse. Il y a clairement des avantages et des inconvénients à l’utilisation du Coton Génétiquement Modifié. Les avantages potentiels sont : de meilleurs rendements, des économies en termes de coûts de production et une utilisation réduite de pesticides. Ces avantages doivent être cependant pondérés par les risques que cette culture comporte, tels que l’apparition d’une résistance des insectes au gène Bt, la dissémination du gène modifié, le fait que la technologie ne soit pas adaptée à des petits cultivateurs en culture pluviale, le coût des organismes génétiquement modifiés et les préférences des consommateurs. Le Plan d’Action pour le Coton EU-Afrique prend en compte ce challenge et pose de nombreuses questions importantes pour lesquelles des réponses n’étaient pas encore disponibles à l’époque. Les Organismes génétiquement modifiés contribueront-ils à rendre le coton africain plus compétitif ? Quels sont les possibilités pour les plantes de coton résistantes au stress hydrique ? Quels sont les effets environnementaux ? Les OGM contribueront-ils à créer une dépendance vis-à-vis des multinationales ? Quel est le cadre institutionnel et légal approprié pour l’introduction du coton génétiquement modifié ? Depuis, quatre années ont passé et des informations supplémentaires sont disponibles. La présente conférence a pour objectif de proposer des éléments de réponse à certaines des questions soulevées sur le coton génétiquement modifié en Afrique. Il s’agit donc d’une réponse directe à l’un des résultats attendus du Partenariat EU-Afrique sur le Coton, à savoir la création d’aptitudes pour faciliter la prise de décision informée concernant le coton génétiquement modifié. Sur ce sujet, je suis particulièrement intéressé par l’”outil de prise de décision” qui sera exploré lors de cette conférence.

Je voudrais souligner que le but de cette conférence n’est pas de soutenir l’un ou l’autre point de vue sur les OGM mais bien de permettre une prise de décision en connaissance de cause concernant le coton génétiquement modifié. Le comité de pilotage du Partenariat EU-Afrique sur le Coton a explicitement demandé à ce que les discussions de cette conférence soient basées sur les résultats de la recherché académique, autant que faire se peut effectuée en pays en voie de développement. A l’approche des différentes questions, il est attendu qu’une attention particulière soit accordé aux coûts et bénéfices associés à cette culture pour les petits planteurs, qui constituent le groupe ciblé approprié en Afrique. La conférence ne doit cependant pas couvrir uniquement les volets économiques et agricole, nous nous attendons à avoir une vue d’ensemble qui couvre aussi les aspects environnementaux, institutionnel et légal.

Il est reconnu que l’UE a une approche fortement prudente envers les OGM en général et le coton ne fait pas exception. Lorsqu’il s’agit d’utiliser le coton OGM pour la culture ou pour la consommation alimentaire humaine (huile de coton) ou animale dans l’UE, une procédure élaborée d’autorisation existe, qui inclut une évaluation des risques par l’Agence Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) et une longue procédure d’approbation. Concernant le coton, l’importation de nombreuses variétés dans l’UE a été approuvée pour des utilisations alimentaires humaines et animales. Jusqu’ici aucune requête pour cultiver du coton OGM dans l’UE n’a été effectuée.

Concernant les OGM dans les pays en voie de développement, la CE respecte bien entendu le choix de chaque pays. Dans le cas où un pays décide d’introduire les OGM, la CE encouragerait la mise en place des structures adéquates en rapport avec le cadre législatif, institutionnel, la recherche, la vulgarisation. Cela devrait rendre possible, par exemple, la coexistence entre coton OGM et non OGM, permettant de ce fait aux petits planteurs de choisir d’adopter ou pas les variétés OGM.

Avec ces quelques mots d’introduction, je souhaite que cette conférence remplisse vos attentes et attends avec impatience les résultats qui en ressortiront.

SOURCE : European Commission

BURKINA FASO - Autorisation commerciale du coton Bt de Monsanto

Depuis juillet 2008, le Burkina Faso est devenu le troisième producteur d’OGM en Afrique, après l’Afrique du Sud et l’Egypte. Début juillet l’Institut de l’Environnement et de Recherches Agricoles du Burkina (Inera) et Monsanto ont signé un accord commercial qui organise l’importation de semences destinées à être reproduites en champ. Selon Kinyua Mbijjewe, de Monsanto Afrique, le Burkina a importé de quoi ensemencer 15 000 hectares avec du coton Bt. L’Inera espère produire des semences pour ensemencer 400 000 hectares en 2009. Les premiers essais en champ datent de 2003. Pour Gnissa Konate, directeur de l’Inera, "l’Etat est copropriétaire, avec Monsanto, des variétés génétiquement modifiées. Nous discutons d’égal à égal. Le prix de la semence et la répartition de la valeur ajoutée entre nous et eux seront fixés d’un commun accord". Cependant, le montant de la redevance payée par les agriculteurs n’est pas encore connu.

De même les mesures de coexistence entre les filières ne sont pas encore fixées. M. Konate estime que des distances d’isolement de 15 mètres entre les champs rendront "négligeables" les traces d’OGM dans les cultures conventionnelles, entre 0 et 0,4 %. Pour les opposants, cela n’évitera en rien la contamination des autres filières. En février, la Coalition des organisations de la société civile pour la protection du patrimoine génétique africain (Copagen) avait organisé une caravane dans les zones cotonnières, afin de "sensibiliser" les paysans. M. Millago, membre de la Coalition, précise que le principal handicap du coton burkinabé est son coût, trop élevé par rapport aux cotons subventionnés venus des Etats-Unis et d’Europe, et plombé par la parité entre l’euro et le franc CFA. "Les OGM ne vont pas résoudre ça", ironise-t-il.

Le Burkina Faso est le deuxième pays producteur de coton d’Afrique derrière l’Egypte. Le coton fait vivre 20% de la population, rapporte 60% des recettes d’exportation, et représente un quart du PIB burkinabé. Ce n’est donc pas un secteur anodin pour l’économie du pays.

Source : Info’GM, septembre 2008

MALI : Le gouvernement légifère pour introduire les OGM contre la volonté des paysans.

La coordination Nationale des organisations paysannes a animé samedi 11 octobre dernier, une conférence de presse à son siège à Kalaban coura. Le président de la coordination, Ibrahima Coulibaly, sans détour, à fait ressortir l’amalgame du projet de loi du gouvernement à l’AN intitulé « sécurité Biotechnologie » alors que dans le chapitre I de ses dispositions générales et dans sa section I, du champ d’application souligné en son article 1, « la présente loi s’applique à l’importation, l’exportation, au transit, à l’utilisation confinée, la libération ou la mise sur le marché de tout organisme génétiquement modifié OGM, qu’il soit destiné à être libéré dans l’environnement ou utilisé comme denrée alimentaire, aliment bétail ou produit de transformation , ou d’un produit dérivé d’organisme génétiquement modifié. Elle s’applique également aux OGM à double fonction pharmaceutique et alimentaire d’intérêt agricole ».

Au lieu de faire mention dès le début de sécurité biotechnologie, le ministère de l’environnement a préféré mettre en avant la problématique relative aux OGM qui continue de soulever de graves questions d’ordre politique économique, alimentaire et ethnique. En somme, personne n’est contre la biotechnologie, c’est le brevetage du vivant et l’esclavage semencier et économique qui sont en cause. En clair, les OGM ne pouvant être conservés et utilisés comme semences, les producteurs seront toujours contraints à l’achat auprès des multinationales qui leur imposeront selon leur bon vouloir.

La biotechnologie est une chose, les OGM sont une autre. La première se définit comme l’ensemble des techniques utilisant les processus biologiques à des fins industrielles, pharmaceutiques à travers une amélioration génétique des espèces. Pour les OGM, il s’agit d’une manipulation génétique dans un dessein commercial. Une manipulation qui n’est pas dénuée de risques pour la santé humaine et pour la stabilité socio-économique de notre pays à vocation agricole. Les défenseurs des OGM se cachent généralement derrière le vocable « bio-machins » pour faire passer leur projet avec la certitude que dans la conscience populaire, on assimile très vite un produit bio à un produit naturel. Il n’en est rien.

Pour le conférencier, le projet de loi qui doit être voté aujourd’hui a été élaboré sans l’implication des véritables acteurs. Une minorité de chercheurs de l’Institut d’Economie rurale IER et avec l’appui de Monsanto ( le champion des OGM) et de l’USAID ont établi le document en omettant des points essentiels. Ont également pris part aux travaux de façade une partie de la société civile triée sur le volet et avec des profils qui ne cadrent pas avec les enjeux de la problématique. Résultat : le document comporte de nombreuses omissions et confusions délibérément entretenues.

Aussi, le processus d’élaboration de ce document extrêmement important pour notre pays afin de se protéger contre les risques avérés des OGM n’a pas respecté les dispositions des conventions internationales que notre pays a signées. Il s’agit notamment de la convention sur la diversité Biologique et du protocole de Cartagena qui exigent des consultations populaires pour élaborer les textes nationaux.

S’agirait-il d’une supercherie destinée à imposer les Organismes Génétiquement modifiées aux paysans Maliens ?

Source : Maliweb, le 13 octobre 2008

Mali : Projet de loi "sécurité en biotechnologie", la CNOP demande le retrait du texte.

La coordination Nationale des organisations paysannes a animé samedi 11 octobre dernier, une conférence de presse à son siège à Kalaban coura. Le président de la coordination, Ibrahima Coulibaly, sans détour, a fait ressortir l’amalgame du projet de loi du gouvernement à l’AN intitulé « sécurité Biotechnologie ». Quelle sécurité, alors même que dans le chapitre I de ses dispositions générales et dans sa section I, du champ d’application souligné en son article 1, il est stipulé que « la présente loi s’applique à l’importation, l’exportation, au transit, à l’utilisation confinée,la libération ou la mise sur le marché de tout organisme génétiquement modifié OGM, qu’il soit destiné à être libéré dans l’environnement ou utilisé comme denrée alimentaire, aliment bétail ou produit de transformation , ou d’un produit dérivé d’organisme génétiquement modifié. Elle s’applique également aux OGM à double fonction pharmaceutique et alimentaire d’intérêt agricole ».

Devant la presse conviée au siège de la coordination à Kalabancoura, le conférencier a jugé que le texte en question présente des incohérences par rapport aux aspirations du public en matière de biosécurité. Cette position, assure Ibrahim Coulibaly, a été affirmée à plusieurs occasions au niveau national, régional et local.

En effet, l’espace citoyen d’interpellation démocratique (ECID) de cette année à Sikasso, les nombreuses conférences débats sur la question, les prises de position des organisations paysannes membres de la CNOP, ont, de son point de vue, fait remonter une volonté populaire à dire non aux OGM dans notre agriculture et notre alimentation. Le conférencier a accusé une minorité de chercheurs de l’Institut d’économie rurale (IER) aidés par les sociétés américaines Monsanto et Syngeta (qui produisent notamment les semences transgéniques) ainsi que par l’USAID, d’être à la base de ce projet de loi.

La coordination estime urgent, à la lumière des différents traités, accords et conventions signés par l’État et, en conformité avec les dispositions de la Loi d’orientation agricole (LOA), de créer un cadre d’élaboration d’un document de loi sur la biosécurité qui prendrait réellement en compte les préoccupations des populations. Le processus d’élaboration de ce document extrêmement important pour la protection de notre pays contre les risques avérés des OGM, n’a donc pas respecté les dispositions des conventions internationales que notre pays a signé, soutient Ibrahim Coulibaly. Il s’agit notamment de la convention sur la diversité biologique (CDB) et du protocole de Cartagena qui exigent des consultations populaires pour élaborer les textes nationaux en la matière.

Or, assure le premier responsable de la coordination, la Coalition pour la protection du patrimoine génétique du Mali (COPAGEN Mali), regroupant l’ensemble des organisations du pays travaillant sur cette problématique, a été, à dessein, ignorée dans le processus. Aucun représentant des organisations paysannes n’a participé à ce travail, ajoute-t-il. C’est pour toutes ces raisons qu’une action urgente est nécessaire pour arrêter le vote de cette loi par l’Assemblée nationale avant qu’il ne soit trop tard, estiment la CNOP. La coordination demande par conséquent la suspension du processus d’étude et de vote du projet de loi sur la biosécurité afin d’impliquer tous les acteurs concernés, notamment la COPAGEN. Elle recommande aussi l’information du grand public sur les enjeux et les défis liés aux OGM, l’établissement d’un moratoire de cinq ans au moins sur les OGM pour mener à bien cette campagne d’information. Il faut aussi, préconise-t-elle, renforcer les systèmes nationaux de recherche, notamment dans le domaine des biotechnologies et assurer l’indépendance financière de la recherche en matière de biotechnologie.

Source : l’Essor n°16303 du - 2008-10-16 08:00:00

Le Mali vote la loi relative aux OGM, “Les députés ont trahi le peuple"

Afin de montrer leur opposition, et d’attirer l’attention des députés sur les conséquences que peuvent entraîner l’adoption d’un projet de loi sur la biotechnologie dans notre agriculture, la Coordination Nationale des Organisations Paysannes du Mali (CNOP) a organisé, ce jeudi 13 Novembre 2008, un sit-in devant l’Assemblée nationale... Et cela, au moment même où les élus s’apprêtaient à examiner ledit projet de loi.

En plus du président de la CNOP , M. Ibrahima Coulibaly, la manifestation a enregistré la présence d’autres responsables et beaucoup de membres de l’organisation. Ainsi, sur les banderoles des manifestants, on pouvait lire : “Monsanto : société criminelle aux USA et dans le monde ! ” ; “OGM : un aller simple pour un nouvel enfer de dépendance semencière !” ; “OGM : ni dans mon champ, ni dans mon assiette !” ; “OGM sans transparence : destruction de notre pays ! ” ; “OGM : la Loi d’Orientation Agricole (LOA) est en train d’être violée et piétinée ! ”...

En effet, il faut bien constater que de nos jours, l’introduction des Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) dans l’agriculture est devenue un sujet de débat public dans le monde entier. Et notre pays n’est pas resté en marge, avec l’élaboration d’un projet de loi relatif à la sécurité en biotechnologie.

Ainsi, convaincu des conséquences désastreuses que peuvent entraîner la biosécurité et l’introduction des OGM dans notre agriculture, la CNOP a multiplié des activités (ateliers, conférences, marches...) pour informer, former afin que chacun puisse non seulement contribuer efficacement aux débats, mais aussi prendre connaissance des effets néfastes d’une telle technologie.

Conséquences de l’introduction des OGM

Du point de vue des responsables de la CNOP , notamment du Président, Ibrahima Coulibaly, les OGM posent de sérieux problèmes environnementaux liés à l’agriculture : des problèmes d’éthique, des problèmes d’ordre économique, politique, culturel, sanitaire..., tant pour les hommes que pour les animaux.

Aussi, M. Coulibaly a fait savoir que par le flux de gènes, la généralisation de la culture des OGM présente des risques importants de pollution génétique. En effet, les gènes artificiels introduits dans les plantes cultivées peuvent se répandre dans le patrimoine génétique des variétés traditionnelles et des espèces sauvages ou apparentées aux OGM. Toute chose qui, du coup, entraîne la destruction des semences traditionnelles.

“Donc, c’est un nouvel esclavage que les multinationales sont en train de mettre en place au détriment des paysans, qui seront contraintes d’aller acheter, chaque année, des semences OGM à prix d’or. D’ailleurs, aucune compagnie d’assurance n’a encore accepté d’assurer les risques potentiels des OGM ”, s’est indiqué le président de la CNOP.

M. Coulibaly a signalé que tous ces facteurs cités sont contraires au cadre de biosécurité qui doit avoir, pour seul objectif, d’assurer la sécurité environnementale, sanitaire, et surtout économique d’un pays, et non d’introduire le commerce des OGM brevetés. Il a ajouté que la bio sécurité doit aussi servir à préserver les variétés, les espèces et races locales ; et que sans cela, elle n’a aucun intérêt, surtout pour un pays en développement.

La CNOP conteste le projet de loi

Du constat de cette coordination paysanne, face à la précipitation d’une minorité de chercheurs de l’Institut d’Economie Rurale (IER), et avec l’appui sans faille de Monsanto, Syngeta et l’USAID, un avant-projet de loi de Bio Sécurité a été élaboré et soumis à l’Assemblée par le gouvernement.

Ce document, ainsi que son cadre, ont été élaborés avec la participation de façade d’une partie de la société civile triée sur le volet (trois personnes au total, avec des profils qui ne cadrent pas avec les enjeux de la problématique) par les cadres des ministères chargés de la question, pour favoriser le démarrage des travaux d’introduction, de manipulation et de dissémination des plants génétiquement modifiés, a fait avoir la CNOP.

Aussi, toujours selon la CNOP , le processus d’élaboration de ce document extrêmement important pour notre pays -afin de se protéger contre les risques avérés des OGM- n’a pas respecté les dispositions des conventions internationales signées par notre pays.

Il s’agit notamment de la Convention sur la Diversité Biologique (CDB) et du Protocole de Cartagena, qui exige des consultations populaires pour élaborer les textes nationaux. A ces Conventions, on peut ajouter la Loi d’Orientation Agricole (LOA) qui prévoit d’élaborer une loi semencière et de bio sécurité.

En outre, le projet de loi de bio sécurité que le gouvernement du Mali a soumis à l’Assemblée nationale présente plusieurs incohérences par rapport aux aspirations du peuple malien, en matière de bio sécurité.

C’est pour toutes les raisons évoquées que la Coordination Nationale des Organisations Paysannes (CNOP) avait mené beaucoup de combats afin d’arrêter le vote de ladite loi par les députés.

Moussa TOURE, Par Moussa Touré, 14 novembre 2008, Le Soir de Bamako

L’implantation rampante du coton Bt au Burkina Faso.

La question des Organismes génétiquement modifiés (OGM) reste assez mystérieuse pour le grand public. Dès leur apparition dans les années 80, ils ont suscité la controverse et l’inquiétude. Beaucoup y ont vu un progrès fantastique et prometteur pour le devenir humain, d’autres craignent qu’on ait ouvert une nouvelle boite de Pandore, et redoutent ses effets inconnus et non maîtrisables. Le débat scientifique, les batailles d’experts, ne doivent pas nous aveugler. Sous le couvert de la recherche scientifique, de gigantesques enjeux économiques se profilent. D’autre part, le Burkina Faso est le second pays africain, après l’Afrique du Sud, à s’engager résolument dans la culture du coton BT qui est génétiquement modifié. 15 000 hectares seront semés en plein champ cette année. Il serait temps que les Burkinabè sachent de quoi il s’agit, et qu’ils s’informent à d’autres sources que celles des multinationales qui produisent les OGM.

La cellule est l’élément constitutif fondamental de tout être vivant, animal ou végétal. L’homme est constitué de milliards de cellules. Au centre de chaque cellule se trouve le noyau, et à l’intérieur de ce noyau, il y a les "chromosomes". Ceux-ci sont porteurs du patrimoine héréditaire (ADN). Les chromosomes sont constitués de segments appelés "gènes". Chaque gène correspond à un caractère déterminé. Les gènes sont transmis des parents aux enfants. L’ensemble des gènes forme le "génome". Les scientifiques, sans égard pour l’étrange et mystérieuse complexité du vivant, sont intervenus dans le processus naturel pour fabriquer de nouvelles créatures. Ainsi ils sont parvenus à ôter un gène d’un organisme vivant pour le transférer dans un autre organisme vivant, afin de lui conférer un nouveau caractère héréditaire.

L’être vivant ainsi modifié est appelé : OGM. Depuis des millénaires, l’humanité a cherché à améliorer la qualité des plantes dont elle se nourrit et à les adapter aux conditions climatiques et géologiques. Mais elle l’a fait par la sélection et les croisements naturels des meilleures semences. Ainsi le maïs était une plante sauvage que les Indiens d’Amérique ont domestiqué pour en faire la céréale que nous connaissons. Le processus naturel des croisements a donné la "biodiversité", c’est-à-dire une grande variété au sein d’une même espèce : ainsi il y a du maïs blanc, rouge ou jaune, tendre ou farineux, adapté à tel ou tel sol, à telle ou telle altitude. Cette précieuse biodiversité est le résultat de l’observation et du travail d’innombrables générations de paysans.

Les croisements naturels entre espèces différentes sont impossibles. On appelle cela "la barrière des espèces". Une chèvre et un mouton ne peuvent pas procréer. Un singe et un être humain non plus. Certaines espèces voisines comme l’âne et le cheval ou le tigre et le lion, s’ils s’accouplent ne donneront qu’une progéniture stérile (le mulet, le tigron). La sexualité des plantes et des animaux est l’union dynamique du masculin et du féminin pour transmettre la vie. Or la manipulation génétique intervient avant la rencontre sexuelle. La plupart des généticiens considèrent l’organisme vivant comme un matériau dépourvu d’intelligence, comme des briques qu’on peut assembler et déplacer selon le but recherché. Pour eux, la vie n’est plus qu’"un vaste ensemble de réactions chimiques".

Quels sont les buts recherchés ?

Dans le domaine de l’agriculture -le seul que nous aborderons- il s’agit d’améliorer le rendement, la conservation ou la qualité d’une plante. Voici quelques exemples de créations déjà réalisées : un gène de porc introduit dans la tomate (plus de fermeté, meilleure conservation), un gène humain dans le saumon (poisson plus gros). Un savant a même inventé un lapin fluorescent pour distraire son équipe…

Mais nous allons revenir au Burkina Faso et porter notre attention sur la culture du coton BT. "BT" signifie qu’un gène d’une bactérie du sol (bacillus thuringiensis) a été incorporé à la plante de coton pour produire une toxine insecticide. Celle-ci est mortelle pour les chenilles qui la mangent. Ce qui a pour avantage de réduire considérablement les traitements insecticides nécessaires pour protéger le coton (de 6 à 2 en principe) et par suite d’augmenter le rendement. Le coton BT est produit par la firme américaine Monsanto qui prétend ainsi résoudre les problèmes des paysans africains et contribuer à la lutte contre la pauvreté. Les sceptiques ne seraient que des gens tournés vers le passé qui refusent le "progrès".

Le coton BIO :

Depuis 1999, l’ONG suisse Helvétas a lancé au Mali puis au Burkina Faso la culture du coton biologique, c’est-à-dire sans intrants chimiques. Il occupe encore des surfaces modestes bien que ses résultats soient très intéressants : les paysans s’engagent à n’utiliser aucun engrais ni pesticide chimiques qu’ils remplacent par le compost et les produits naturels. Le rendement est inférieur à celui du coton conventionnel, mais largement compensé par l’économie de traitements chimiques. Ainsi le coton bio, très demandé en Europe, est payé 300 CFA le kg (contre 145 CFA en 2007 pour le coton conventionnel) . Avantages : les sols sont préservés, les revenus sont décents et la méthode est à la portée des petites exploitations familiales. De plus, pas d’endettement, et pas d’empoisonnement par les produits toxiques… Par contre, cette culture nécessite la formation des paysans et un suivi qui ne permet pas pour l’instant de dépasser 10 000 petits producteurs.

L’implantation rampante du coton Bt.

La SOFITEX n’est guère favorable à cette initiative qui la prive, elle et ses actionnaires, des revenus des intrants qu’elle vend aux cotonculteurs et qui constituent une part importante de ses bénéfices. A l’examen de tous ces risques et incertitudes, et en considérant des solutions plus appropriées au contexte africain, on a du mal à comprendre comment le coton BT pourrait résoudre les difficultés des cotonculteurs. D’autant plus que leurs véritables problèmes sont ailleurs : les sécheresses dues au réchauffement climatique, les criquets, la concurrence asiatique, et les subventions accordées aux cotonculteurs américains qui font baisser le prix du coton africain. Mais alors ? Pourquoi tant d’enthousiasme de la part des responsables du Burkina Faso ?

Le 19 février 2008, le professeur Maxime Somé et l’ancien ministre des Ressources animales, M. Alassane Séré, tous deux membres du BBA (Burkina Biotech Association) ont donné une conférence de presse organisée par l’ISAAA (International Service for the Acquisition of Agri-biotech Applications) qui avait pour but de rassurer la population burkinabè au sujet des OGM en leur apportant une information "saine et juste". Après avoir qualifié le front anti-OGM de "rêveurs", ils ont déclaré que les négociations avec Monsanto s’étaient passées dans un climat de partenariat "franc et constructif". Selon ces accords, 70 % des bénéfices reviendront aux Burkinabais…

Mais il n’est pas précisé la part qui reviendra aux cotonculteurs. De plus, pas un mot sur l’épineuse question des brevets. Qu’est-ce que l’ISAAA ? Elle se présente comme une organisation à but non lucratif qui a pour mission de soutenir le développement des pays du Sud. Mais internet nous permet rapidement d’établir ses liens avec Monsanto, avec la Fondation Rockefeller, et avec la Banque Mondiale. L’ISAAA est en fait une agence américaine qui dispose de fonds inépuisables pour promouvoir les OGM sur tous les continents. Elle offre des voyages d’études et des bourses à des scientifiques pour les former aux techniques du génie génétique dans les laboratoires privés et publics des Etats-Unis. Sa stratégie - qui est celle de l’USAID - consiste à cibler les élites d’un pays et à les gagner à sa cause par des arguments sonnants et trébuchants. Elle n’oublie pas les journalistes qu’elle traite bien et à qui elle dispense la bonne information - c’est-à-dire la sienne -donnée par des "experts" payés par la firme. Comment résister au chant des sirènes, quand on est un chercheur ressortissant d’un pays vraiment pauvre ?

En réalité, seuls les instituts de recherche comme le BBA seront généreusement dotés. En contrepartie, il est normal que les chercheurs locaux servent les intérêts des Etats-Unis avant ceux du peuple burkinabais. C’est une nouvelle forme de colonialisme qui se met en place et qui transformera les petits exploitants africains en ouvriers agricoles livrés aux caprices de l’agrobusiness international.

Kass El Diany (Source ATTAC) Nouvelle Libération du 18 juin 2008

Monsanto renforce son contrôle sur l’Amérique latine.

OGM : nouvelle offensive d’envergure de Monsanto pour renforcer son contrôle sur l’Amérique latine.

Au cours des deux derniers mois, la presse latino-américaine a été inondée d’informations sur la nouvelle offensive de Monsanto dans plusieurs pays d’Amérique latine. La multinationale étasunienne semble déterminée à envahir totalement le continent avec les cultures GM (génétiquement modifiées) et à écraser la résistance qui s’est élevée en réponse à la tentative de l’entreprise de contrôler et de dominer l’agriculture latino-américaine.

Cette fois-ci, la stratégie que suit Monsanto avec rapidité et habileté est d’imaginer des accords avec les gouvernements et certaines organisations d’agriculteurs. Beaucoup coopèrent et emboîtent le pas au plus gros fabricant de cultures GM du monde.

L’opinion mondiale est de plus en plus hostile aux cultures GM. Les organisations de petits agriculteurs dénoncent les graves dégâts que dix ans de cultures GM ont provoqués dans les zones rurales et sur les semences locales ; les consommateurs informés refusent aussi, de plus en plus nombreux, d’acheter de la nourriture GM. Si Monsanto veut continuer son invasion GM comme il a fait au cours de cette dernière décennie, il doit promouvoir l’utilisation de ses semences dans davantage de pays. S’il y parvient, le résultat sera la contamination GM de nouvelles terres, la modification des lois en sa faveur, et une pression accrue sur les agriculteurs pour qu’ils lui paient des royalties ; tout cela facilité par la bonne volonté de membres des divers gouvernements et organisations agricoles. Le résultat inévitable sera l’imposition de ces cultures GM en Amérique latine.

Ces dernières semaines, nous avons observé un grand nombre d’initiatives différentes prises au niveau local qui illustrent clairement les intentions de Monsanto :

- Au Chili, le 26 mars 2007, Monsanto et le Ministre de l’Agriculture ont annoncé que Monsanto avait choisi le Chili pour planter 20 000 hectares de soja GM pour la production de semences. Monsanto a aussi annoncé son intention d’introduire le maïs GM et le colza GM au Chili. Selon un entretien dans le journal chilien El Mercurio, l’initiative bénéficie du soutien total du Ministre de l’Agriculture. [1] Cette initiative sous-entend l’éventuelle contamination génétique du Chili. Bien que le soja soit planté apparemment pour la "production de semences" seulement, il ne fait aucun doute que le soja GM contaminera un jour ou l’autre les autres cultures et l’alimentation dans le pays. Le fait que l’affaire progresse avec l’appui du Ministre de l’Agriculture est d’autant plus inquiétant.

- Au Venezuela, après une présentation par un représentant de Monsanto dans le but principal de promouvoir les avantages de la production de semences transgéniques, le président de la Sous-commission pour l’Industrie et le Commerce, Jhonny (sic) Milano, a annoncé que la Commission pour le développement économique de l’Assemblée nationale, avec des spécialistes en biotechnologie et en agriculture allait entreprendre une évaluation de la viabilité de la culture des plantes GM. Mr Milano a indiqué que les conclusions auxquelles aboutirait cette évaluation pourraient conduire à la reformulation partielle de la Loi sur les semences, le matériel de reproduction animale et les données biologiques (approuvée en octobre 2002, Journal officiel n° 37.552), qui contient quelques lacunes dans le domaine de la biotechnologie et de l’agriculture. [2] Cela montre clairement que Monsanto a réussi à faire un premier pas vers la modification de la législation au Venezuela, qui jusqu’à présent a interdit la culture des plantes GM.

- Au Mexique, Monsanto et la Confédération nationale des producteurs de maïs (CNPAMM] ont signé un accord donnant aux producteurs mexicains un accès plus facile aux biotechnologies. Monsanto créera aussi un fond pour "protéger les variétés locales de maïs mexicain". [3] Avec ce seul accord, Monsanto atteint plusieurs objectifs : il obtient la coopération des organisations paysannes ; il franchit un pas supplémentaire vers l’obtention de l’autorisation du maïs GM, qui est interdit au Mexique ; et il parvient à avoir accès à des centaines de variétés locales sous prétexte de les "protéger".

- En Argentine, la Fédération agricole argentine (FAA) a récemment annoncé que Monsanto "s’est une fois de plus opposé à la réglementation des semences transgéniques, en conflit direct avec les institutions responsables de leur réglementation. Au moment même où leurs méthodes sont dénoncées par les agriculteurs, Monsanto, avec un groupe de producteurs de semences, essaie de forcer les agriculteurs à signer un ’contrat de consensus’ pour payer les redevances." [4] C’est clairement une nouvelle stratégie pour contraindre les agriculteurs à payer des redevances, après l’échec de sa précédente tentative de répéter le succès qu’il a obtenu en Europe pour que la justice fasse obligation aux agriculteurs de payer.

Ces initiatives passées et récentes montrent clairement que Monsanto a développé un vaste éventail de procédés dans sa stratégie pour parvenir à ce qu’il veut en Amérique latine. Les éléments principaux de cette stratégie sont les suivants :

- Rechercher des alliances avec les gouvernements, les organisations agricoles, ou les firmes semencières, afin de supprimer la résistance venant d’autres secteurs et d’imposer des normes qui puissent permettre la viabilité des objectifs de Monsanto.

- Propager la contamination par les cultures GM afin de s’assurer de leur inéluctabilité.

- Supprimer le débat public et démocratique et obtenir l’allégeance des entreprises locales pour qu’elles présentent publiquement la vision de Monsanto sur les accords et les propositions.

- Faire pression par le biais de la justice où des contrats privés pour maintenir ses gains en royalties.

Le public a rapidement réagi aux actions de Monsanto. Au Chili, l’organisation de petits agriculteurs CLOC (Coordinadora Latinoamericana de Organizaciones del Campo) - Via Campesina a publié un communiqué de presse dans lequel elle déclare que :

" L’initiative de Monsanto est un acte d’agression de plus contre les petits agriculteurs et la santé de tous les Chiliens. Nous informons le public, le parlement chilien et le gouvernement qu’à partir de ce jour nous nous mobiliserons pour empêcher le Chili de devenir un péon de Monsanto. Nous estimons que notre gouvernement devrait s’acquitter de ses obligations de protéger la santé, la production alimentaire, l’environnement et le bien-être des Chiliens, en particulier ceux des secteurs les plus pauvres et les plus vulnérables. De même, nous estimons que le Parlement a le devoir de surveiller les activités du gouvernement et d’empêcher le Ministre de l’Agriculture de soutenir les multinationales dont les actions menacent le bien-être et l’avenir de nous tous. Nous appelons tous les petits agriculteurs et leurs organisations, ainsi que les organisations des mouvements sociaux et les citoyens, à se mobiliser avec nous pour obliger le gouvernement et le parlement à remplir leurs obligations, et à faire pression pour empêcher Monsanto de nous ajouter à la longue liste de pays qu’il a abusés." [5]

En Argentine, la FAA a dénoncé Monsanto et sa "nouvelle stratégie, qui est une tentative de contrebalancer l’image négative que l’entreprise a eue en Europe lorsqu’elle a récolté les redevances. Ces redevances ne sont pas autorisées en Argentine. Les producteurs agricoles doivent être mis en garde contre cette stratégie et s’opposer à ce que les fournisseurs en semences les imposent sur les semences transgéniques." [6]

Au Forum pour la Souveraineté alimentaire au Mali en février 2007, les organisations de petits agriculteurs ont bien fait comprendre que "La souveraineté alimentaire nous donne l’espoir et le pouvoir de préserver, de récupérer et développer notre savoir et notre capacité de production alimentaire", et que les organisations sont prêtes à se battre contre les " les technologies et les pratiques qui minent nos capacités futures de production alimentaire, nuisent à l’environnement et mettent en péril notre santé. Entendons par là les cultures et les animaux transgéniques, la technologie Terminator, l’aquaculture industrielle et les pratiques halieutiques destructives, la soi-disant révolution blanche des pratiques laitières industrielles, l’ « ancienne » et la « nouvelle » révolution verte et les « déserts verts » des monocultures industrielles d’agrocarburants et autres plantations." [7]

Même si le combat est inégal, ce sont les voix de l’avenir, et elles deviennent de plus en plus fortes chaque jour avec la formation de nouvelles alliances et de nouveaux réseaux. Pour les petits agriculteurs en Amérique latine, la seule voie possible est celle de la résistance par la dénonciation, la mobilisation et la désobéissance civile, tout en proposant un modèle différent dans lequel les semences et l’agriculture servent les intérêts des populations dans leur lutte pour la souveraineté alimentaire.


Source: Grain www.grain.org

Saturday, April 04, 2009

L’ACCAPAREMENT DES TERRES DE RIZIERES MET EN PERIL LA SOUVERAINETE ALIMENTAIRE DE L’AFRIQUE


Au lendemain de la crise alimentaire mondiale de 2008, les dirigeants africains ont renoué avec les grands discours sur la nécessité de l’autosuffisance alimentaire, et le riz figure souvent au premier plan des programmes gouvernementaux. Si tout le monde convient de la nécessité d’augmenter la production, les solutions qui sortent des allées du pouvoir se résument souvent aux vieilles recettes qui préconisent de procurer aux agriculteurs plus d’engrais et de semences « à haut rendement ». Aux yeux des décideurs, cela signifie inévitablement des semences de riz hybride chinois ou des semences du riz Nerica qui a été mis au point par le Centre africain du riz et bénéficie du soutien des bailleurs de fonds et des instituts de recherche les plus puissants qui interviennent sur le continent. [1] Les connaissances traditionnelles et les semences des agriculteurs africains, qui assurent l’alimentation et les moyens d’existence de la majorité des populations du continent, sont complètement ignorées.
La ruée sur les terres agricoles africaines est tout aussi problématique et n’est pas sans rapport avec ces semences imposées d’en haut. Pendant que les gouvernements africains proclament leur volonté d’assurer l’autosuffisance alimentaire, ils signent en catimini un nombre inquiétant d’accords avec des investisseurs étrangers qui accordent à ces derniers un contrôle sur les terres agricoles les plus importantes des pays, notamment sur les rizières. [2]

Prenons l’exemple du Mali. Le Mali, comme plusieurs autres pays d’Afrique occidentale, est devenu un important importateur de riz alors qu’il était récemment un exportateur net. Le gouvernement s’est maintenant engagé dans une initiative nationale sur le riz de plusieurs millions de dollars, censée restaurer l’autosuffisance alimentaire en aidant les agriculteurs du pays à produire plus. Pourquoi le gouvernement a-t-il donc laissé une immense étendue de bonnes terres de rizières à un fonds d’investissement libyen et à des entreprises chinoises ?

Il y a quelques années, en marge d’un sommet de la Communauté des États sahélo-sahariens (CEN-SAD) à Bamako, le président du Mali, Amadou Toumani Touré, a offert 100 000 ha de terres à l’intérieur de l’Office du Niger, la principale zone de riziculture du Mali. La Libye, un pays qui regorge de pétrodollars mais ne dispose pas de sa propre production alimentaire, dirige dans les faits le CEN-SAD, et elle a sauté sur l’occasion. Par l’intermédiaire d’une émanation de son fonds souverain,[3] le LAP (Lybia Africa Investment Portfolio), la Libye a signé un accord avec le Mali qui accorde à Tripoli un contrôle sur ces 100 000 ha, dans le cadre d’un projet d’investissement plus large dans les infrastructures de la zone qui prévoit l’élargissement d’un canal et l’amélioration d’une route. Le projet va commencer par la production de riz, à laquelle viendront ultérieurement s’ajouter la production de tomates et l’élevage.

Les détails sur les modalités de fonctionnement du projet commencent finalement à être connus. La filiale du LAP à Bamako, Malibya, est responsable de la gestion du projet. La construction des infrastructures a été confiée à CGC, une entreprise chinoise qui appartient à la grande compagnie pétrolière chinoise SINOPEC. [4] Une autre entreprise chinoise, dont le nom n’est pas mentionné, a obtenu un contrat pour la fourniture des semences de riz hybride chinois utilisées dans le projet et pour la formation d’experts locaux (dont certains sont déjà en Chine) sur la façon de les cultiver. Cette entreprise non citée est probablement le plus grand producteur de riz hybride de Chine, Yuan Longping High-tech Agriculture, qui dispose déjà de programmes de grande envergure en Afrique et d’un projet CGC similaire pour la production de riz hybride au Nigeria. [5]

Il ne s’agit pas ici du premier gros investissement de ce fonds souverain libyen dans la production de riz hybride en Afrique occidentale. En décembre 2007, le LAP a investi 30 millions de dollars dans un projet de riziculture au Libéria, qu’il gérera en partenariat avec une ONG, la Foundation for African Development Aid (ADA), sur 15-17 000 ha de terres que l’ADA a reçues du gouvernement libérien. [6]

Dans les deux cas, l’objectif mentionné pour le projet est d’aider à couvrir les besoins alimentaires locaux. Il y a toutefois bien des raisons de soupçonner que la motivation réelle est d’exporter du riz vers la Libye. En 2005, la dernière année pour laquelle des données de la FAO sont disponibles, la Libye a importé 177 000 tonnes de riz, évaluées à 62 millions de dollars US. Ces importations vont certainement se développer, alors que Tripoli est en train de faire avancer un ambitieux programme de 130 milliards de dollars pour le développement des infrastructures, qui devrait nécessiter un million de travailleurs étrangers qui viendront en majorité d’Asie. [7] En décembre 2008, la Libye a signé un accord avec le Bangladesh pour le recrutement d’un « grand nombre » de travailleurs. La Libye, à l’instar des autres pays arabes, cherche à échapper à sa dépendance vis-à-vis des filières mondiales de produits agricoles contrôlées par les multinationales, en couvrant ses besoins alimentaires par une externalisation de sa production alimentaire dans d’autres pays. [8] « Garantir la sécurité alimentaire au niveau du riz permet aussi de surmonter une autre difficulté essentielle : je veux parler des pays développés qui monopolisent la production agricole, et des multinationales qui monopolisent les prix des aliments de base », explique le directeur de Malibya, Abdalilah Youssef. [9]

Le vice-président de LAP a déclaré au Liberian Times en décembre 2007 que le projet du fonds au Libéria viserait aussi bien les marchés locaux que les marchés internationaux. [10] Avec le projet au Mali, même si la priorité annoncée pour le projet est le marché national du riz, certains signaux indiquent clairement que les exportations vers la Libye font partie du programme. Au cours d’une visite au Mali, Amadou Kanté dit Bany, un des directeurs généraux du LAP, a indiqué au journal L’Indépendant que le projet permettrait la production de riz « pour couvrir les besoins du Mali, de la Libye et de tous les autres pays du CEN-SAD ». [11]

Quelle que soit la destination finale du riz, toutefois, sa production ne va pas beaucoup aider les agriculteurs locaux. En fait, au Mali, le projet va se traduire par l’expulsion de certains agriculteurs locaux de leurs terres et il va entrer directement en concurrence avec d’autres pour l’approvisionnement en eau à partir du fleuve Niger, la plus importante ressource pour l’irrigation de la région Sahel-Sahara. Malibya négocie déjà avec le gouvernement malien pour obtenir une priorité sur l’attribution de l’eau hors saison, quand les niveaux de l’eau sont faibles.

« Pour ce qui est de la réorganisation des populations, c’est-à-dire des villages qui devront quitter leur région, je dis que tout arrangement crée des perturbations, et je demande la coopération de chacun à cet égard. Pour nous, il ne s’agit pas de chasser des gens ou de les évacuer, mais simplement de les réorganiser », déclare Abdalilah Youssef, le directeur de Malibya. [12]

Mamadou Goita, directeur exécutif de l’Institut pour la recherche et la promotion des alternatives en développement au Mali, situe le projet Malibya dans le contexte d’une réorganisation plus vaste de l’Office du Niger qui ouvre la voie à la prise de contrôle des terres agricoles par le secteur privé. « Les projets basés dans l’Office du Niger, tels que le projet Malibya et les projets financés par le biais du Millennium Challenge Account du gouvernement américain, poussent brutalement à l’industrialisation de l’agriculture et à la privatisation des terres de la zone », estime-t-il. De fait, au début du mois, Lonrho, un conglomérat basé à Londres, a annoncé qu’il était en pourparlers avec le gouvernement malien pour un projet de 25 000 ha de riziculture implanté dans l’Office du Niger. Cette surface vient s’ajouter aux 25 000 ha de rizières pour lesquels Lonrho vient de conclure un accord avec l’Angola et à l’accord foncier portant sur 100 000 ha qu’il est en train de négocier au Malawi. [|3]

Certains s’inquiètent par ailleurs de la façon dont ces projets sont en train de détruire l’importante diversité en riz locaux de la zone, en favorisant un petit nombre de variétés modernes, notamment les variétés du Nerica mises au point par le Centre africain du riz. Comme le rapportait le récent Rapport de GRAIN consacré au Nerica, la promotion considérable et à grande échelle du Nerica en Afrique représente une menace cruciale pour les systèmes de semences paysannes du continent, qui couvrent jusqu’à 90 pour cent de ses besoins en semences. Pour le Dr Assetou Samaké, professeur de génétique végétale à l’Université de Bamako et membre de la Coalition pour la protection du patrimoine génétique africain (COPAGEN), le Nerica est en train de remplacer les variétés locales dans la région de l’Office du Niger. Elle indique également que la zone a été transformée en une « forêt d’expérimentation » sans aucune transparence sur les types de semences qui sont introduits, et elle s’inquiète du fait que la région pourrait devenir un terrain d’essai pour des OGM et des semences hybrides.

Dans le cas des projets du LAP au Mali et au Libéria, tous deux recevront des semences de riz hybride chinois. Le riz hybride peut permettre des rendements élevés, mais seulement quand une mécanisation sophistiquée et des niveaux importants d’intrants chimiques sont utilisés. [14] Par ailleurs, les semences de riz hybride ne peuvent être conservées par les agriculteurs. Ils doivent les racheter chaque année, ce qui les rend inabordables et inutilisables dans la pratique par les petits agriculteurs libériens ou maliens. En outre, sa médiocre qualité gustative constitue un aspect dissuasif important pour les petits agriculteurs qui fournissent les marchés locaux. Le riz hybride est moins problématique quand il s’agit de fournir des denrées alimentaires bon marché à des travailleurs immigrés, ce qui sera sans doute le cas pour les projets du LAP au Mali et au Libéria. L’utilisation du riz hybride par le LAP pourrait ouvrir la voie à des projets de riz hybride à plus grande échelle, ce qui créerait un dangereux précédent pour les riziculteurs ouest-africains et leurs systèmes semenciers.

Au début 2007, plus de 500 personnes représentant des agriculteurs, des pêcheurs, des populations autochtones, des ouvriers de l’alimentation et des organisations de la société civile du monde entier se sont réunies à Nyéléni, au Mali, pour renforcer le mouvement mondial en faveur de la souveraineté alimentaire. [|5] Ils ont déclaré : « La plupart d’entre nous sont des producteurs de denrées alimentaires et nous sommes prêts, capables et désireux de nourrir tous les peuples du monde. » Ce mouvement est en train de se développer et de prendre de la vigueur, mais c’est également vrai des forces qui menacent de prendre aux petits producteurs de denrées alimentaires les semences et les terres qui constituent le fondement même de leur capacité à nourrir les populations et à assurer leurs moyens d’existence. Ce conflit entre les deux visions de l’avenir de l’alimentation et de l’agriculture est en train de donner naissance à une tempête que la Libye et des autres accapareurs de terre ne pourront empêcher par des discours creux sur les projets « gagnant-gagnant ». Les nuages noirs s’amoncellent dans le ciel africain.

source: http://www.grain.org/articles/?id=47

82,000 ha DE SEMENCES DE MAIS GM DE MONSANTO STERILE...


Les fermiers d’Afrique du Sud, qui s’étaient lancés dans la cultures de variétés de Maïs GM vendues par Monsanto ,ont eu la désagréable surprise de découvrir que leurs plantes transgéniques avaient produit des épis dépourvus de graines.

La stérilité des plants de Maïs touche trois variétés distinctes vendues par Monsanto, au total ce sont plus de 82 000 hectares de maïs transgénique qui sont touchés. En apparence la croissance du Maïs était satisfaisante, mais en ouvrant les épis pour juger de leur maturité, les agriculteurs se sont aperçus que les plantes étaient stériles et n’avaient pas produits la précieuse graine jaune. Quelques 280 exploitants agricoles Sud Africains se sont déjà manifestés pour rapporter ce phénomène dans leurs champs.

Monsanto a aussitôt reconnu sa responsabilité et s’est engagée à offrir une compensation aux cultivateurs lésés. Monsanto explique l’échec de ses trois variétés de maïs par un problème « d’infertilisation qui se serait produit au cour du processus de fabrication dans les laboratoires ». L’évaluation des dommages est en cours avec la participation des coopératives locales, d’après Monsanto cela concernerait environ 25% des semences vendues la saison passée. Les variétés de maïs incriminées avaient été génétiquement manipulées pour résister à l’herbicide Roundup, le best seller de Monsanto, et pour produire une toxine insecticide. D’après Kobus Lindeque, directeur de Monsanto en Afrique, il ne s’agit pas d’un « problème lié aux modifications génétiques » qu’ont subies les plantes, mais « d’une insuffisante fertilisation durant la production des semences ».

D’après Marian Mayet, directrice du Africa Centre for Biosecurity à Johannesburg, certaines exploitations auraient subi jusqu’à 80% de pertes. Son organisation, l’une des principales en Afrique du Sud, appelle le gouvernement à établir un moratoire afin de conduire une enquête sur les raisons de cet échec du maïs transgénique de Monsanto. De plus, les organisations environnementales réclament plus de transparence sur la présence d’OGM dans l’alimentation, par la mise en place d’une politique d’étiquetage obligatoire des produits alimentaires, qui aujourd’hui fait défaut.

Au delà du fait que cette contre performance du maïs GM de Monsanto plombe la récolte 2009, cela pose également la question de l’approvisionnement alimentaire dans les pays du Sud. Comme dans beaucoup de pays africains, le maïs est l’aliment de base des 48 millions de Sud africains. Une chute de la production subite risque d’entraîner une hausse du prix des denrées alimentaires sur le marché local. Or, la part du budget pour l’alimentation est en moyenne de 50% pour une famille africaine (80% pour les plus pauvres), ainsi même une légère augmentation des prix pourrait entraîner un appauvrissement des populations les moins favorisées et avoir un impact négatif sur la nutrition de ces personnes.

source: CombatMonsanto

Saturday, March 07, 2009

GMO & THE FUTURE OF FOOD, LIFE AND HUMANITY


Future of Food - Genetically Modified Food (documentary)

Deborah Koons Garcia

There is a revolution happening in the farm fields and on the dinner tables of America, a revolution that is transforming the very nature of the food we eat. This documentary explores the disturbing truth behind the unlabeled, patented, genetically engineered foods that have quietly filled grocery store shelves for the past decade. It also examines the complex web of market and political forces that are changing what we eat as huge multi-national corporations seek to control the world's food system.

Click on the title above to view the documentary on Google video.

LE MONDE SELON MONSANTO (Documentaire)


Ce film retrace l’histoire de Monsanto, une multinationale américaine, aujourd’hui leader mondial des OGM, et considérée comme l’un des plus grands pollueurs de l’ère industrielle (PCB, agent orange, hormones de croissance, roundup...).

Après une enquête de trois ans, en Amérique du nord et du sud, en Europe et en Asie, il reconstitue la genèse d’un empire industriel, qui, à grand renfort de rapports mensongers, de collusion avec l’administration nord-américaine, de pressions et tentatives de corruption, est devenu l’un des premiers semenciers de la planète.

En s’appuyant sur des documents et des témoignages inédits de scientifiques, victimes de ses activités toxiques, avocats, hommes politiques et de représentants de la Food and Drug Administration ou de l’Environmental Protection Agency des Etats Unis, le documentaire montre comment, derrière l’image d’une société propre et verte décrit par la propagande publicitaire, se cache un projet hégémonique menaçant la sécurité alimentaire du monde, mais aussi l’équilibre écologique de la planète.

Cliquer sur le titre ci-haut pour visionner le documentaire sur Google video.

MONSANTO'S BT COTTON KILLS BOTH FARMERS & THE SOIL

A recent scientific study carried out by Navdanya, compared the soil of fields where Bt-cotton had been planted for 3 years with adjoining fields with non GMO cotton or other crops. The region covered included Nagpur, Amravati and Wardha of Vidharbha which accounts for highest GMO cotton planting in India, and the highest rate of farmers suicides (4000 per year).

In 3 years, Bt-cotton has reduced the population of Actinomycetes by 17%. Actinomycetes are vital for breaking down cellulose and creating humus.

Bacteria were reduced by 14%. The total microbial biomass was reduced by 8.9%.

Vital soil beneficial enzymes which make nutrients available to plants have also been drastically reduced. Acid Phosphatase which contributes to uptake of phosphates was reduced by 26.6%. Nitrogenase enzymes which help fix nitrogen were reduced by 22.6%.

At this rate, in a decade of planting with GM cotton, or any GM crop with Bt genes in it, could lead to total destruction of soil organisms, leaving dead soil unable to produce food.

The ISAAA in its recent release has stated that there are 7.6 mha of Bt-cotton in India. This means 7.6 mha of dying soils.

The impact of GMO’s on soil organisms is not commonly studied. This is a vital lacunae because Bt toxin crops such as Mon 810 corn or Bt-cotton or Bt Brinjal have serious impact on beneficial soil organisms.

The government of India is trying to grant approval to Bt Brinjal without Bio safety studies on impact on Soil organisms. The European Commissión is trying to put pressure on GMO free countries to introduce Mon 810.

The Navdanya study the first that has looked at the long term impact of Bt cotton on soil organisms is a wake up to regulators worldwide. It also shows that the claims of the Biotechnology industry about the safety of GM crops are false.

To read a copy of the report, pls click on the title link above.

For further information, please contact -

Navdanya A-60, Hauz Khas New Delhi - 110 016
Phone : 91-11-26535422 / 26532124
Email : vandana@vandanashiva.com Website : www.navdanya.org

Monday, March 02, 2009

Les pays Européens disent non à Monsanto !


Une majorité de pays européens - 22 sur 27 - ont refusé aujourd'hui de contraindre l'Autriche et la Hongrie à cultiver un maïs génétiquement modifié de la firme américaine Monsanto, c'est à dire qu'ils ont refusé la demande de l'exécutif européen, la Commission européenne, de lever les "clauses de sauvegarde" décidées par l'Autriche et la Hongrie, lors d'un vote des ministres de l'Environnement de l'UE : la Commission européenne est mise à mal, tandis que la France jubile ! Le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Suède, la Finlande et l'Estonie sont les 5 pays qui n'étaient pas d'accord.

"C'est une victoire historique. Pour moi, c'est comme si l'Autriche était devenue championne d'Europe de football", a déclaré le ministre autrichien de l'Environnement, Nikolaus Berlakovich ! Greenpeace s'est aussi félicité de l'"échec cuisant de la Commission", ajoutant : "La protection de l'environnement et de la santé publique devrait toujours venir avant les intérêts financiers d'une poignée de sociétés agro-chimiques".

La France et la Grèce devraient donc pouvoir maintenir leurs interdictions de cultiver ce maïs : les pays de l'UE vont logiquement voter dans ce sens puisque ces interdictions doivent être soumises prochainement à leurs votes. Le ministre français Jean-Louis Borloo a été clair : "Nous apprécierions hautement que le collège des commissaires fasse une lecture attentive du vote d'aujourd'hui. Compte tenu des interrogations des scientifiques et des citoyens sur les impacts environnementaux des OGM, nous souhaitons que soient maintenues les clauses de sauvegarde nationales jusqu'à ce qu'une décision soit prise sur le renouvellement éventuel des autorisations de ces OGM".

En effet, le renouvellement de l'autorisation de culture pour le MON 810 est en cours d'évaluation, puisque l'Autorité européenne pour la sécurité des aliments (EFSA) aurait demandé à Monsanto des "informations supplémentaires concernant l'impact environnemental"...

Jean-Louis Borloo a aussi regretté que le président de la Commission, José Manuel Barroso, ait tenté de passer en force alors que les gouvernements des 27 avaient appelé en décembre la Commission à recueillir une expertise plus large lors de l'examen des demandes d'autorisation d'OGM, en prenant en compte les structures agricoles et les particularités écologiques des régions européennes.

Le ministre allemand de l'Environnement, Sigmar Gabriel, a soutenu Borloo : "Je ne vois pas pourquoi on devrait suivre les intérêts d'une seule entreprise américaine et fâcher les citoyens des Etats membres", comme l'Italienne Stefania Prestigiacomo : "Nous avons voté sur les rapports institutionnels entre la Commission et les Etats membres". "M. Barroso a pris un risque considérable. C'est un résultat très sévère pour lui", a indiqué, à juste titre, un responsable français sous couvert de l'anonymat. On sent bien qu'à trois mois des élections européennes, les pays veulent caresser l'opinion dans le sens du poil !

Le coton Bt de Monsanto détruit la terre et les agriculteurs


Le 24 fevrier 2009

Institute of Science in Society

L'Inde est le 3ème producteur mondial de coton après la Chine et les USA. L'état du Gujarat est tourné vers l'agriculture et en particulier vers la production de coton

La biosécurité vise à faire en sorte que les OGM ne nuisent ni à l'environnement ni à la santé.

La terre, sa fertilité et les organismes qui entretiennent sa fertilité, sont un élément vital de l'environnement, en particulier dans le contexte de la production alimentaire et agricole.

Une récente étude scientifique réalisée par Navdanya, a comparé la terre des champs où du coton Bt a été planté pendant 3 ans avec celle des champs adjacents, plantés de coton naturel ou d'autres cultures. La région couverte incluait le Nagpur, l’Amravati et le Wardha de Vidarbha, ce qui représente les plus grandes plantations de coton OGM en Inde, et le taux le plus haut de suicides de fermiers (4000 par an).

En 3 ans, le coton Bt a réduit la population d’actinomycètes de 17%. Les actinomycètes sont indispensables pour dissocier la cellulose et créer l'humus.

La population bactérienne a été réduite de 14%. La biomasse microbienne totale a été réduite de 8,9%.

Les enzymes bénéfiques, vitales pour la terre, qui rendent les nutriments disponibles pour les plantes, ont aussi été considérablement réduites. Le phosphatase acide, qui contribue à l'assimilation des phosphates, a été réduit de 26,6%. Le nitrogénase, les enzymes qui catalysent la fixation de l'azote moléculaire, a été réduit de 22,6%.

À ce rythme, une dizaine d'années de culture de coton OGM, ou de tout type de culture génétiquement modifiée dotée de gènes Bt, pourrait entraîner la destruction totale des organismes du sol, laissant la terre morte, incapables de produire la nourriture.

Dans son dernier communiqué, l’International Service for the Acquisition of Agri-Biotech Applications a déclaré qu’il y a 7,6 millions d’hectares de coton Bt en Inde. Cela veut dire que 7,6 millions d’hectares de terre sont en train de mourir.

Habituellement, l'impact des OGM sur les organismes du sol n’est pas étudié. C'est une lacune redoutable, car la toxine Bt des cultures comme le maïs MON 810, le coton Bt ou l’aubergine Bt, a un grave impact sur les organismes bénéfiques du sol.

Le gouvernement de l'Inde cherche à ratifier l’homologation de l’aubergine Bt sans faire l’étude de biosécurité concernant les conséquences sur les organismes du sol. La Commission européenne tente de faire pression sur les pays exempts d'OGM pour introduire le maïs MON 810.

L’étude de Navdanya, la première à avoir examiné l'impact à long terme du coton Bt sur les organismes du sol, est un appel au réveil pour les organismes de réglementation du monde entier. Elle montre aussi que les affirmations de l'industrie biotechnologique sur l’innocuité des cultures génétiquement modifiées sont mensongères.

Pour obtenir une copie du rapport de l’étude et pour de plus amples renseignements, veuillez contacter :

Navdanya
A-60, Hauz Khas

New Delhi – 110 016

Téléphone : 91-11-26535422 / 26532124

Courriel : vandana@vandanashiva.com

Site Internet : www.navdanya.org



Source : http://mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=12437

LE COTON Bt de MONSANTO ENVAHI LE BURKINA FASO

Le semencier américain Monsanto sévit aussi (et fortement) au Burkina-Faso. Comme l’explique le Monde Diplomatique (février 2009), Monsanto a réussi à s’imposer dans ce petit pays pauvre d’Afrique, qui présente néanmoins l’avantage d’être le plus gros producteur de coton d’Afrique de l’Ouest.

L’argument paraît imparable : les OGM pourraient offrir un rendement supérieur de 45% aux semences naturelles et une réduction des pesticides des 2/3. Mais ce que découvrent les producteurs, c’est que la semence leur coûtera chaque année 45 euros à l’hectare, contre 1,37 euros actuellement. De plus, la plante ne pouvant revenir dans son état d’origine, cette rente est acquise annuellement à Monsanto.

Il faut dire que les dés sont pipés à l’avance : “Le coton burkinabè est très compétitif, mais les pays riches dopent leur production à coût de subventions en faussant l’équité du commerce mondial”, déplore Sériba Ouattara , un responsable du ministère du Commerce. D’autre part, selon un article d’experts scientifiques, “La vulgarisation des nouvelles pratiques, la diffusion des outils modernes et la formation des agriculteurs est assurée par les sociétés d’exploitation cotonnière, en partie détenues et gérées par des actionnaires occidentaux. Le Burkina Faso entre ainsi dans un système de dépendance complexe vis-à-vis des pays développés.”

Il faut comprendre l’intérêt stratégique pour Monsanto du Burkina-Faso, petit pays coincé entre le Mali, le Bénin, la Côte d’Ivoire, les autres grands producteurs de coton. La contamination « accidentelle » des plants assure l’irréversibilité et la généralisation de la rente. En effet, faute de réglementation et de confinement, les risques de dissémination sont considérables et rien ne distingue à l’œil nu une plante génétiquement modifiée d’une autre.

L’engrenage a été mis en place : 12 000 hectares de coton OGM ont été mis en culture en 2008 afin de procurer des semences pour 300 à 400 000 hectares dès 2009. Et les paysans ne sont pas d’accord. Manifestations se sont succédées. Un leader paysan, Ousmane Tiendrébéogo s’insurge : « Chez nous, il n’y a que l’agriculture ; on n’a pas le droit de jouer à la roulette russe avec notre avenir… ». Et la COPAGEN (Coalition des Organisations de la Société Civile pour la Protection du Patrimoine Génétique Africain) note : “Il est particulièrement préoccupant que ces nombreuses initiatives soient prises par des acteurs tous extérieurs au continent, dans le but de lui imposer de l’extérieur, ce qu’ils ont convenu d’appeler la ” révolution génétique “, mais qui s’avèrent en réalité de véritables agressions contre les sociétés paysannes ouest africaines en particulier et toutes les populations en général.”

Monsanto dispose du soutien des dirigeants du pays. Le ministre de l’agriculture burkinabé affirme des rendements de plus de 3 tonnes à l’hectare, alors que les meilleurs essais OGM ne donnent qu’ 1,3 tonne.

Comme le dit l’un de mes amis ici, « Tout ceci risque de se terminer par une forte baisse de la production locale du coton, liée au coût exorbitant des semences, et, à terme à l’abandon partiel de cette culture qui fait vivre des millions de personnes.

Source: http://boulesteix.blog.lemonde.fr/2009/02/24/monsanto-en-afrique/

LES PAYSANS MALIENS DISENT NON AUX OGM

Au Mali, les producteurs de coton disent « non » aux OGM

Grand, maigre, l’homme en boubou turquoise s’est levé d’un bond, et a saisi le micro. Voix vibrante, barbiche guillerette, index tendu vers les ventilateurs qui peinent à brasser la chaleur de midi, il interpelle l’assemblée en bambara, la langue régionale : « Pourquoi nous demander à nous, paysans pauvres, d’accepter des OGM dont ne veulent pas les riches paysans du Nord ? » Murmures d’assentiment dans l’assistance, puis le micro baladeur passe à une jeune agricultrice venue avec son bébé : « A quoi bon nous pousser à produire davantage grâce aux OGM, alors que nous n’arrivons déjà pas à écouler notre production à un prix correct ? »

La scène se déroule à Sikasso, paisible bourgade du sud du Mali, au cœur d’une province rurale qui produit les deux tiers de la principale source de devises du pays, l’un des plus pauvres d’Afrique et du monde : le coton. Pendant cinq jours, du 25 au 29 janvier 2006, un étonnant exercice de démocratie participative y a rassemblé quarante-trois petits paysans, dont de nombreuses femmes. A la demande de l’Assemblée régionale de Sikasso (le Parlement provincial), ces cotonculteurs, venus de toute la région, avaient pour mission de constituer un jury citoyen chargé d’évaluer les avantages et les inconvénients d’une éventuelle introduction d’organismes génétiquement modifiés (OGM) dans l’agriculture de leur pays. Baptisé « Espace citoyen d’interpellation démocratique » (ECID), en référence à des dispositifs de débats publics déjà bien établis au Mali, ce jury – une première en Afrique de l’Ouest – était soutenu par des partenaires européens actifs dans la promotion des méthodes participatives pour l’évaluation des choix technologiques et des politiques de développement (1).

Le forum de Sikasso est à replacer dans le contexte des fortes pressions exercées sur les pays d’Afrique par les multinationales agroalimentaires, en premier lieu l’américaine Monsanto et la suissesse Syngenta, qui prônent l’industrialisation du secteur agricole et l’ouverture des marchés aux cultures transgéniques (2). Notamment le coton Bt, qui produit une toxine efficace contre certains ravageurs –, ce qui permettrait, en théorie, de réduire le recours aux pesticides et de garantir de meilleures récoltes aux paysans. L’Afrique de l’Ouest étant le troisième producteur mondial de coton, les enjeux sont importants pour ces firmes qui bénéficient du soutien de l’Agence américaine pour le développement international (Usaid), dotée d’un budget de 100 millions de dollars afin d’introduire les biotechnologies dans les pays du Sud.

Les réponses du continent à ces pressions sont très contrastées. La Zambie, pourtant menacée de famine, a refusé l’aide du Programme alimentaire mondial, notoirement truffé de surplus de maïs états-unien génétiquement modifié ; mais le Bénin a accepté cette aide ambiguë, bien qu’il ait adopté en 2002 un moratoire de cinq ans sur les OGM. En Afrique du Sud, tête de pont de l’industrie agroalimentaire, coton et maïs transgéniques sont cultivés depuis près de dix ans, avec des résultats controversés, cependant qu’au Burkina Faso, voisin du Mali, des expérimentations de coton transgénique en plein champ se déroulent depuis 2003, malgré l’opposition des différents secteurs de la société.

Extraordinairement attentifs tout au long du processus, les membres du jury ont entendu une quinzaine de témoins experts venus d’Afrique de l’Ouest, d’Afrique du Sud, d’Inde et d’Europe. Biologistes moléculaires, ingénieurs agronomes, membres d’organisations non gouvernementales (ONG) ou délégués de mouvements paysans ont répondu à des interrogations très diverses sur les avantages et les inconvénients des OGM : risques pour l’environnement et la santé, gains réels de productivité, facteurs socio-économiques, questions éthiques et juridiques, sans négliger la dimension culturelle, d’autant plus prégnante qu’elle est souvent subliminale. En bambara, OGM se dit Bayérè ma’shi (« Mère nourricière transformée ») : dans une conception animiste du monde, très présente au Mali sous un vernis musulman, la simple matérialité du génie génétique – prendre des gènes d’une espèce pour les introduire dans une autre – avait de quoi déranger de nombreux auditeurs.

Le problème crucial des droits de propriété intellectuelle et du brevetage du vivant a été longuement évoqué, notamment par une généticienne béninoise, Mme Jeanne Zoundjihekpon, de l’association Grain : « Les semences Bt sont protégées par des brevets qui donnent aux firmes un pouvoir absolu sur les agriculteurs. Les petits paysans n’ont plus le droit de garder des semences d’une récolte pour les replanter l’année suivante, comme ils l’ont toujours fait, sous peine de poursuites judiciaires. » L’argument fait mouche, d’autant plus qu’en Afrique de l’Ouest la filière du coton est en crise, comme le rappelle M. Mamadou Goïta, dirigeant de la Coalition contre les OGM et pour la protection du patrimoine génétique au Mali. La Compagnie malienne de développement des textiles (CMDT), détenue à 60 % par l’Etat et à 40 % par l’entreprise française Dagris, est devenue déficitaire en raison de la dévaluation du franc CFA et de l’effondrement des cours mondiaux de l’« or blanc » – ceci alors que, de 1994 à 2005, la production annuelle est passée de 320 000 à 600 000 tonnes.

La privatisation de la société, prévue pour 2008, est exigée par la Banque mondiale, qui en fait une condition indispensable à toute aide financière au gouvernement de Bamako. En raison du déficit, le prix payé par la CMDT aux producteurs est passé de 210 FCFA le kilo en 2004 à 160 FCFA en 2006 (25 centimes d’euro), alors que le coût des intrants chimiques est en augmentation. Dans ces conditions, le coton n’est plus rentable, et de nombreux paysans qui avaient opté pour sa monoculture songent à se reconvertir dans des cultures vivrières (mil, maïs). M. Goïta fait une autre proposition : « Le coton biologique serait un atout pour accéder au marché des pays européens dans lesquels l’opinion est opposée aux OGM. De toute manière, les rapports de forces sont trop inégaux face à des puissances qui, comme les Etats-Unis, pratiquent une politique de dumping en subventionnant massivement leurs cotonculteurs : 4 milliards de dollars par an pour 25 000 producteurs, alors qu’au Mali le coton fait vivre plus de 3 millions de personnes. »

Les firmes multinationales invitées ont refusé de venir s’exprimer devant le jury paysan. « Nous avons sollicité à plusieurs reprises la fondation Syngenta et la société Monsanto », relève Mme Barbara Bordogna, biologiste au Réseau interdisciplinaire biosécurité (Ribios) de Genève et membre du comité de pilotage de l’ECID, « mais ces firmes sont apparemment réticentes à entrer dans un processus de débat ouvert et transparent, qu’elles ne peuvent pas contrôler. » Monsanto avait toutefois recommandé des agriculteurs qu’elle savait favorables à sa cause. Ainsi, venu d’Afrique du Sud, le fermier zoulou T. J. Buthelezi cultive du coton Bt depuis 1996, et assure que l’expérience est concluante. Les hectares semés avec du coton transgénique ont notamment résisté à une inondation qui avait dévasté les plants conventionnels ; depuis lors, il s’est converti au « tout-OGM », y compris au maïs, qu’il consomme lui-même sans aucun inconvénient pour sa santé. « Faites comme moi, enrichissez-vous ! », s’est-il exclamé à l’adresse des paysans maliens.

Venu de l’Andhra Pradesh, Etat indien, M. P. V. Satheesh présentait, à l’inverse, une étude méthodique, menée sur trois ans, montrant que, dans sa région, les cultivateurs de coton traditionnel avaient obtenu de meilleures récoltes que les expérimentateurs de coton transgénique, et que, par ailleurs, les variétés Bt n’étaient guère moins gourmandes en pesticides que les variétés conventionnelles. Le coût élevé des semences Bt, se combinant à des rendements décevants, a fini par entraîner la ruine de nombreux petits paysans. Les demandes d’indemnisation adressées à Monsanto ayant été catégoriquement rejetées, l’Etat d’Andhra Pradesh a récemment interdit à la firme d’opérer sur son territoire.

A côté de ces témoignages divergents, on a pu entendre des positions intermédiaires, notamment celle de M. Ouola Traoré, agronome et chef du programme coton de l’Institut de l’environnement et de recherches agricoles (Inera) du Burkina Faso, où le coton Bt est testé depuis 2003 en vue d’une commercialisation prévue pour les années 2010. « Seules des recherches approfondies avec des variétés locales adaptées à nos climats permettront de déterminer si les OGM sont une solution d’avenir pour l’Afrique de l’Ouest », a-t-il affirmé. Mais son plaidoyer pour une recherche publique africaine autonome a eu du mal à passer auprès d’un auditoire méfiant, tant est notoire la dépendance des institutions scientifiques du continent envers les financements des lobbies intéressés au développement des biotechnologies.

Se répartissant en plusieurs commissions – dont une composée uniquement de femmes – en fonction de la taille de leurs exploitations, les membres du jury ont délibéré une journée entière, avant de rendre leur verdict : c’est non. A l’unanimité, les paysans réunis à Sikasso refusent toute introduction d’OGM au Mali, leur premier souci étant de préserver les semences locales et les savoir-faire traditionnels pour ne pas dépendre des multinationales : « Nous voulons rester maîtres de nos champs, nous ne voulons pas devenir des esclaves », a affirmé l’un des porte-parole, M. Brahim Sidebe. De son côté, M. Birama Kone a mis l’accent sur la préservation d’un mode de vie convivial : « Nos fermiers sont habitués à s’entraider, et les OGM risquent de détruire le sens de l’amitié et de la solidarité. Si j’ai un champ OGM et que mon voisin n’en a pas, les problèmes de contamination vont créer des conflits entre nous. » Déléguée des femmes, Mme Basri Lidigoita a préconisé d’orienter les recherches vers l’amélioration des semences locales par des techniques agronomiques classiques, et une meilleure formation des petits paysans, notamment aux méthodes d’agriculture biologique.

Transmises le 29 janvier à l’Assemblée régionale de Sikasso, les recommandations du jury citoyen ont été rendues publiques par les radios de proximité, qui relayaient les débats quotidiennement, ainsi que par la télévision malienne. Elles n’ont aucune force contraignante, mais rien ne s’oppose à ce qu’elles soient prises en compte, car le Mali a signé le protocole de Carthagène (3) sur la biodiversité. Le projet de loi qui en découle prévoit en effet l’organisation, au niveau national, de procédures de participation du public avant toute introduction d’OGM, même pour la recherche. « Nous ne voulons pas d’OGM, jamais, s’est exclamée Mme Lidigoita, et nous demandons au gouvernement de les empêcher d’entrer sur notre territoire. Et si des paysans en cultivent illégalement, nous brûlerons leurs champs ! »

Roger Gaillard, Monde Diplomatique Avril 2006

Suicide et coton OGM en Inde

le monde selon monsanto suicide inde partie 2

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