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Wednesday, October 29, 2008

La dette comme arme et outil de domination et d'exploitation des populations et des pays du Sud


Qu’est-ce que la dette, quel est le rôle des institutions financières internationales et des Etats du Nord ?

La dette est un outil dont se servent les institutions financières internationales et les Etats du Nord pour imposer une même logique économique et financière qui génère et maintient dans une extrême pauvreté des régions entières qui possèdent pourtant d’énormes richesses. Elle est la conséquence de choix géopolitiques ou géostratégiques des pays riches afin de subordonner les pays pauvres à l’idéologie dominante.



La La dette totale de l’ensemble des pays en voie de développement est de 2800M$, pour 85% de la population mondiale, c’est à dire 5 milliards d’individus. Il faut mettre cette somme en parallèle avec le montant de la dette des USA qui est 36 000 Milliards $ pour 300 millions d’individus, et la dette totale mondiale est de 60 000 milliards de dollars. On voit donc que la dette des pays en voie de développement est une somme dérisoire en matière de finance mondiale et pourtant la dette et les institutions financières internationales tuent en masse : selon le PNUD, 30000 enfants meurent chaque jour de causes qui auraient pu être évitées s’ils avaient eu accès aux soins.

Les pays du Sud ont été poussés à s’endetter dans les années 60 et 70 sous la pression de 3 acteurs : les banques, les institutions financières internationales et les Etats du Nord. Chacun d’eux avait intérêt à ce qu’ils s’endettent.

Dans les années 60, les banques occidentales regorgent d’eurodollars issus du plan Marshall,pour lesquels elles recherchent des débouchés : les Pays du Sud sont justement à la recherche de fonds pour financer leur développement, notamment les pays d’Afrique qui viennent d’acquérir leur indépendance et les pays d’Amérique latine. Au moment du choc pétrolier de 1973, les pays producteurs de pétrole placeront leurs dollars dans les banques occidentales qui prêteront aussi ces pétrodollars aux pays du Sud. Ces prêts des banques privées aux pays du Sud constituent la part privée de la dette. Au même moment, le choc pétrolier provoque une période de récession dans les pays du Nord. Le chômage et la baisse du pouvoir d’achat font que les marchandises produites au Nord ont du mal à trouver des acheteurs. Les pays riches décident alors de prêter aux pays du Sud afin de trouver des débouchés à leurs marchandises. C’est le plus souvent une aide liée : un pays du Nord prête à un pays du Sud qui en échange lui achète ses marchandises. C’est la part bilatérale de la dette, dette d’Etat à Etat. Enfin, le troisième acteur de la dette est la Banque Mondiale. Fondée en 1944, elle passe en 1968 sous la présidence de Robert McNamara. Celui-ci va utiliser la Banque Mondiale pour contrecarrer l’influence soviétique et les tentatives nationalistes que l’on voit naître dans certains pays nouvellement indépendants.De 1968 à 1973, la Banque mondiale va accorder davantage de prêts que pendant toute la période 1945-1968. Ces prêts sont accordés pour soutenir les alliés stratégiques des Etats Unis(Mobutu au Zaïre, Suharto en Indonésie, les dictatures au Brésil puis en Argentine et au Chili), ou pour soumettre les pays qui tenteraient d’obtenir leur indépendance économique (Nasser en Egypte, Sukarno en Indonésie...). Ils constituent la part multilatérale de la dette.

Au tournant des années 80, les règles du jeu vont changer et précipiter les pays du Sud dans la crise de la dette. Fin 1979, Paul Volcker, le directeur de la Réserve Fédérale américaine,décide une forte augmentation des taux d’intérêt américains afin de relancer la machine économique américaine en attirant les capitaux. Les pays du Sud avaient emprunté à des taux faibles, mais indexés aux taux américains, et voient brusquement leurs taux d’intérêt passer de 4-5% dans les années 70 à 16-18%. A la même période, les cours des matières premières s’effondrent. Afin de rembourser les prêts, les pays du Sud doivent se procurer des devises par leurs exportations. Ils produisent de plus en plus pour exporter plus : café, cacao, coton, sucre, minerais, etc... arrivent en masse sur le marché mondial, en même temps que la récession au Nord diminue la demande provoquant une baisse des cours. La hausse des taux d’intérêt décrétée unilatéralement au nord et l’effondrement des cours des matières premières, ont précipité les pays endettés dans la crise de la dette. Dès 1982, 14 pays se déclarent en cessation de paiement, c’est à dire incapables à la fois de gérer leur quotidien et de rembourser leur dette. A ce moment les 7 pays les plus riches de la planète mandatent le Fond monétaire international, institution financière issue des accords de Bretton Woods comme la Banque mondiale, pour qu’il mette en place les moyens pour assurer les remboursements : ce sont les fameux Plans d’ajustement structurel. Il est important de noter qu’au sein des institutions financières internationales, les 9 pays les plus riches ont 50% des voix (dont plus de 15% pour les USA, ce qui leur octroie une minorité de blocage) tandis que les 45 pays africains se partagent à eux tous environ 5% des voix ! Les Etats du Nord sont donc bien les vrais décideurs au sein des institutions financières internationales.

La dette a été le prétexte pour imposer aux pays du Sud les plans d’ajustement structurel qui ont semé misère et pauvreté et ont déstructuré toute organisation collective et sociale.

Source: www.alterinfo.net

Thursday, July 10, 2008

Texte juridique relatif à l'illégitimité de la dette Etatique

La décision souveraine de déclarer la nullité de la dette ou la décision de non paiement de la dette : un droit de l’état

par Hugo Ruiz Diaz

source: www.cadtm.org

Observation importante : ce texte constitue une première approche relative a l’acte souverain unilatéral, mécanisme souverain pour declarer l’illegitimite de la dette.

Son objectif est d’apporter des éléments de solutions de fond au problème du caractere illicite de l’endettement. d’autres mécanismes internationaux, comme la saisine de la cour internationale de justice pour opinion consultative, ne sont pas traités dans ce court texte et feront l’objet d’ une autre analyse.

Introduction

Comme Etat souverain, l’Equateur a décidé la mise sur pied d’un audit de la dette pour se prononcer sur son caractère légal ou illégal, légitime ou illégitime. En ce sens, l’audit est un acte gouvernemental légitime -un véritable acte unilatéral souverain- relevant de compétences propres et largement reconnues en droit international.

Il s’agit bien d’un acte unilatéral en tant que tel pour la simple raison que le gouvernement équatorien n’avait nullement besoin de consulter les créanciers pour décider d’un audit et qu’un acte interne entraîne l’intégralité de ses effets juridiques. Cette décision fondée ne lèse ni ne viole aucune obligation internationale. C’est un acte juridico-politique, comme tout autre acte juridique international.

Par ailleurs, au moment de décider de la réalisation de l’audit, le gouvernement équatorien aurait pu exercer, licitement, son droit de suspendre le paiement ou simplement de déclarer un moratoire, jusqu’a ce que l’audit détermine le caractère licite ou illicite des dettes.

En effet, une telle mesure répond au fait qu’un gouvernement qui poursuit le remboursement du service de la dette paiera probablement - et potentiellement - des dettes dont l’audit pourrait révéler le caractère illicite. De plus, la récupération de ces fonds publics demandera des procédures longues et complexes. En procédant ainsi, il est peu probable que d’autres Etats ou créanciers multilatéraux ou privés puissent s’appuyer sur un argument juridique sérieux contraire à la décision de suspension in temporis.

Il ne fait aucun doute - et il n’y en a aucun - que la décision de réaliser un audit de la dette est un acte souverain juridique unilatéral et un acte licite pleinement reconnu en droit international.

Ainsi, avant même de procéder à une analyse de fond du caractère légal ou illégal, le travail de la commission responsable de l’audit repose entièrement sur un acte unilatéral de l’Etat équatorien relatif au thème, délicat et complexe, de la dette publique interne. Un tel acte ne viole ni le principe de continuité de l’Etat, ni de supposées obligations internationales de rembourser des dettes contractées légalement, pas plus qu’il ne lèse les droits des créanciers, qu’ils soient bilatéraux, multilatéraux ou privés.

En ce sens, l’acte souverain unilatéral est un mécanisme, une action, une voie directement liée et complémentaire à d’autres actions, particulièrement des actions et revendications à l’initiative de groupes de citoyens devant des tribunaux étrangers pour réclamer des réparations aux créanciers. Ces deux voies se renforcent mutuellement.

La différence avec ces actions provient du fait qu’il s’agit d’un acte interne de l’Etat. En plus d’être un acte souverain, cet acte vient renforcer les actions judiciaires des citoyens. Cette mesure permet également l’application de la responsabilité internationale des institutions financières internationales ainsi que des créanciers privés. Par conséquent, elle débouche sur l’obligation de procéder à des réparations selon le droit international. Une autre différence avec les actions judiciaires est que celles-ci, dans un premier temps, se limitent à réclamer des réparations, mais ne s’appuient pas – parce que ce n’est pas possible - sur une déclaration d’illégalité ou d’illégitimité de la dette.

Un point important : dans le cas que nous occupe, nous faisons référence à un acte unilatéral dont l’intention serait de confirmer les droits de l’Etat équatorien. En confirmant ses droits, cet acte signifierait en même temps la reconnaissance du droit à la réparation selon le régime du droit international.
1. D’autres actes unilatéraux : la pratique récente de l’état equatorien

Les actes souverains internes sont reconnus en droit international comme des ACTES UNILATÉRAUX. Leur utilisation fréquente, par les Etats, dans le cadre de leurs relations internationales, témoigne de leur importance dans la réalité quotidienne, et cela dans les domaines les plus variés. Ces actes unilatéraux sont destinés à produire des effets juridiques de pleine portée en droit international.

Pour revenir à l’Etat équatorien, un autre exemple récent d’acte unilatéral classique a été la décision prise par le gouvernement de dénoncer par voie de communication sa décision de retirer son consentement à la juridiction du CIRDI. C’est un acte interne qui produit, je le répète, tous les effets juridiques en droit international et face aux instances internationales. Celui-ci rentre parfaitement dans la pratique internationale et c’est un acte fondamentalement licite résultant de l’exercice des compétences de l’Etat. Il n’existe aucun doute sur ce point. Cette décision a été officiellement communiquée au Secrétariat général du CIRDI par la note No. 4-3-74/07 du 04 décembre 2007 complémentant la Note no. 5635/64 émise par le Ministère des Relations Extérieures le 23 novembre 2007.

Il est important de citer cet exemple car il est directement lié à la problématique de la dette externe. En effet, les politiques d’ajustement imposées par le FMI, la BM et leurs organismes régionaux- et autres conditionnalités annexes - incluent, entre autres, la libéralisation des flux de capitaux et particulièrement la réduction drastique - voire la suppression - des restrictions « imposées » aux investissements étrangers par les lois nationales. Généralement, ceci est particulièrement vrai en ce qui concerne l’exigence de la renonciation à l’exercice de la compétence de la juridiction nationale au bénéfice de tribunaux étrangers – normalement ceux des pays développés - ou de tribunaux d’arbitrage, tel que le CIRDI.

Un autre cas plus récent encore et qui constitue un véritable acte de l’Etat équatorien – comme instance de droit international- et produit tous les effets juridiques hors du territoire équatorien est la disposition constitutionnelle relative à la dette et à ses modalités d’emprunt, en voie d’approbation par l’Assemblée constituante |1|. Y compris dans le cas où cette disposition ne serait pas la version définitive. Quoi qu’il en soit, l’essentiel réside dans le fait que la disposition est interne, produit d’un organe de l’Etat (ainsi la décision de dénoncer la juridiction du CIRDI), et qu’elle produit des effets juridiques sur les plans interne et international.

La disposition, au delà des critères retenus et énumérés, s’adresse aux futurs créanciers, y compris ceux qui résident hors du territoire équatorien. Ceux-ci, même soumis aux règles d’autres Etats (par exemple une banque allemande est soumise aux lois allemandes) ou régis par d’autres normes de droit international (p.e. FMI, BID, BM), et siégeant hors du territoire équatorien, doivent impérativement s’y soumettre, indépendamment du lieu de signature du contrat ou accord international de prêt. Dans le cas d’adoption de la version actuelle de la disposition, aucun de ces créanciers ne pourrait exiger l’application des lois du pays dont il est ressortissant- loi allemande dans l’exemple précédent - ou autres dispositions décidées hors du territoire équatorien par d’autres instances. De plus, pour que les prêts publics soient considérés licites, tous les futurs créanciers devront impérativement se soumettre également à la disposition constitutionnelle. Dans le cas contraire, nous serions face à des actes de nullité absolue.
2.LE CAS DE L’ACTE UNILATÉRAL DU PARAGUAY EN 2005 : un exemple récent de l’actualité de l’acte souverain unilatéral

Le 31 mai 2005, le Tribunal Fédéral Suprême suisse a rendu un jugement contre l’Etat Paraguayen dans le cas d’une dette publique contractée auprès de banques privées suisses ou autres. Face à cette décision arbitraire, l’Exécutif paraguayen a promulgué le Décret 6295, du 26 août 2005, par lequel il refuse de s’acquitter de cette dette. Cela peut être interprété comme une répudiation de dette, acte reconnu en droit international et dans la pratique des Etats. De plus, le Paraguay a officiellement transmis sa décision par voie diplomatique au gouvernement suisse afin de consolider les droits de l’Etat paraguayen. Devant l’Assemblée générale de l’ONU, le Président de la République du Paraguay a affirmé, se référant à cet emprunt et confirmant l’acte unilatéral et son refus de payer, que : "Cet acte frauduleux a été le fait de fonctionnaires d’une dictature corrompue, qui en collusion avec un groupe de banques internationales cherchent à nous dépouiller de ressources dont en toute urgence notre pays a besoin". (3 octobre 2005).

L’acte unilatéral de l’Etat paraguayen, comme l’a affirmé son Président, nous met face à un thème pertinent et d’actualité en droit international et surtout, face à la légitimité fondamentale de l’acte unilatéral. Mais aussi face aux voies concrètes dont l’Etat équatorien dispose dans le cas où l’audit mettrait en évidence l’illégitimité de la dette. A partir du moment où la Commission officielle créée par le gouvernement équatorien conclut après une analyse rigoureuse, que la dette est illégitime (la commission agit en tant qu’organe de l’état), le gouvernement peut ipso juris procéder à un acte souverain unilatéral. Pour cela, il n’a pas besoin de recourir au préalable à une autre instance nationale ou internationale.

Dans le cas cité, en plus d’invoquer le caractère frauduleux de la dette, - produisant tous les effets juridiques y compris face à l’Etat suisse - le gouvernement paraguayen confirme son droit en tant qu’obligation internationale à exiger de la Suisse des réparations, conformément au droit international, en portant l’affaire devant la Cour Internationale de Justice. D’autant que le Tribunal Suisse, de façon arbitraire et en écartant tout au long du procès les preuves apportées par le Paraguay, a condamné l’Etat paraguayen au profit des créanciers privés. Le tribunal suisse agit en tant qu’organe d’Etat quand il se prononce. Il s’agit donc un acte de l’Etat suisse, un acte internationalement illicite qui engage sa responsabilité. Un tel cas témoigne de l’importance d’un acte souverain, de sa pertinence, de sa légitimité et de son importance en tant que mécanisme de protection et de confirmation des droits.

L’acte unilatéral- mieux, les actes unilatéraux mentionnés- qui nous occupe naît dès lors qu’il est formulé et, évidemment, dès que les conditions de validité exigées sont remplies. L’acceptation ou quelque autre acte ou comportement en ce sens, de la part de l’Etat ou des Etats (dans le cas de dette bilatérale illicite) ou d’une organisation ou d’organisations internationales destinataires (BID, FMI, BM....) ou des personnes privées, morales ou physiques ( banques privées), n’étant pas nécessaire.

L’illégitimité de la dette n’est qu’un argument juridique international possible parmi d’autres afin de déclarer la décision de non paiement.
Notes de bas de page:

|1| Voir : « Equateur : Dette publique. Projet de nouvelle constitution équatorienne (articles adoptés en première lecture, soumis à discussion et approbation finale) » sur le site http://www.cadtm.org/spip.php ?article3521