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Monday, July 20, 2009

LES "DIRIGEANT" OUEST AFRICAINS A LA SOLDE DU LOBBY OGM


L’Afrique s’offre au coton transgénique

par Colette Thomas

source: http://www.rfi.fr/actufr/articles/078/article_44575.asp

A l’occasion d’un séminaire à Ouagadougou, huit pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre, annoncent qu’ils vont se lancer dans la culture de coton transgénique. Bénin, Burkina Faso, Mali, Tchad, Cameroun, Côte d’Ivoire, Ghana et Togo veulent diversifier leur production. L’idée est également de travailler à l’échelle régionale dans le domaine de la recherche.

Les ministres du Commerce et de l’Agriculture du Bénin, du Burkina Faso, du Mali et du Tchad ont assisté à ce séminaire à Ouagadougou ainsi que des représentants du Cameroun, de Côte d’Ivoire, du Ghana et du Togo. Tous ont un secteur cotonnier important. Cette réunion était organisée par la Banque mondiale et l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour parler de la filière et chercher à renforcer ses atouts. Il a été notamment décidé de passer, en partie, au coton génétiquement modifié.

Un centre régional de biotechnologie sera créé dans l’un de ces pays producteurs ainsi qu’un observatoire régional des intrants agricoles, c’est-à-dire des additifs utilisés tout à la fois pour augmenter les rendements et supprimer les parasites et les mauvaises herbes. Une des recommandations adoptées à l’occasion de ce séminaire indique qu' « en plus des engrais, il y a lieu d’intégrer la question des semences et le passage aux OGM (organismes génétiquement modifiés) ». Le centre permettra donc d’observer l’évolution de la qualité des terres et la productivité. Ce centre de recherches étudiera toutes les pratiques agricoles en allant des plus traditionnelles utilisant des produits chimiques jusqu’aux plus novatrices utilisant des plants de coton transgéniques.

La possibilité de mener ces études agronomiques séduira probablement bien des chercheurs africains souvent tentés de partir dans les pays du Nord pour progresser dans leurs travaux. Pourtant, ce futur centre de recherche représente probablement la contrepartie offerte par les bailleurs de fonds aux pays producteurs de coton pour qu’ils se lancent dans la culture de coton génétiquement modifié.

L’exception du Burkina Faso

Jusqu’à présent, de tous ces pays, seul le Burkina Faso a commencé, en 2003, des cultures expérimentales de coton transgénique en collaboration avec le groupe américain Monsanto. D’autres pays producteurs se sont interrogés, comme le Mali. Pour commencer, Bamako a regardé l’expérience sud-africaine. Dans ce pays d’Afrique australe, les quatre-cinquièmes de la production de coton sont d’origine OGM. Et c’est Monsanto, l’un des rares groupes mondiaux à avoir mis au point des semences OGM, qui a convaincu le gouvernement de passer aux organismes génétiquement modifiés. Car l’Afrique du Sud plante également du soja et du maïs transgéniques en moins grande proportion.

A part le Burkina Faso, aucun des autres pays présents à cette réunion de Ouagadougou n’avait donc fait le pas. Lors d’une précédente réunion il y a tout juste deux ans, toujours à Ouagadougou, quatre chefs d’Etat ouest-africains s’étaient déclarés « favorables » à l’utilisation des organismes génétiquement modifiés dans leur agriculture, tout en voulant d’abord s’assurer que cette technologie agricole ne représente « aucun danger pour les populations et l’environnement ». Amadou Toumani Touré du Mali, John Kufuor du Ghana, Mamadou Tandja du Niger et Blaise Compaoré du Burkina Faso avaient donc dit « oui mais » à l’occasion de cette réunion organisée par le gouvernement américain. John Penn, le vice-ministre de l’Agriculture, était venu en personne présenter aux leaders africains « les avantages » de la biotechnologie.

Le Niger n’est pas venu au tout dernier rendez-vous. Lors du précédent, celui de 2004, le président Tandja avait déclaré : « C’est la vérité que la biotechnologie a révolutionné l’agriculture et pourrait tout aussi bien être utilisée pour améliorer les performances de l’agriculture africaine. Mais il me paraît fondamental que soient minutieusement étudiés et mis en exergue tous les contours de cette délicate question afin de nous édifier sur les impacts environnementaux, économiques et sociaux de cette matière encore peu connue de nos pays ».

Aller de l’avant

Un collectif d’organisations non gouvernementales burkinabé avait, il y a deux ans, présenté les OGM comme un « danger » pour l’Afrique, demandant un moratoire de cinq ans avant l’introduction de cette technologie agricole dans leur pays. Aujourd’hui le ministre de l’Agriculture du Burkina Salif Diallo souligne qu’« il est urgent d’aboutir à des décisions rapides et courageuses pour éviter de tomber dans le paradoxe des débats interminables ».

Car au-delà du choix des OGM, la filière africaine du coton a du mal à s’en sortir. Comme dans les autres secteurs économiques, le prix du baril de pétrole augmente les coûts. Et les producteurs américains et européens sont encore trop subventionnés, ce qui empêche les Africains de trouver leur place sur le marché mondial. Le ministre burkinabé de l’Agriculture a donc appelé de ses vœux la création d’un fonds de « lissage », demandant aux Etats-Unis et à l’Union européenne de prendre une part active à la création de ce fonds. Son objectif serait de « permettre au petit paysan de maintenir un prix acceptable pour son coton, de ne pas mourir avant que les négociations (à l’Organisation mondiale du commerce) ne se terminent ».

Plusieurs pays africains se sont depuis peu lancés dans le coton labellisé Max Havelaar, donc presque bio, le respect de l’environnement faisant partie des critères de labellisation du commerce équitable. Les producteurs sont donc en train de faire le grand écart entre une agriculture à connotation sociale et une autre, la plus technologique qui soit.

LES OGM A L'ASSAUT DE L'AFRIQUE DE L'OUEST


Afrique : la conquête de l’Ouest du coton transgénique

A partir du Burkina Faso, le coton transgénique a entamé subrepticement la conquête de l’Afrique de l’Ouest sans garde-fou.

Par Hance Guèye, Dakar

source: Afrique : la conquête de l’Ouest du coton transgénique

29-06-2009

L’Afrique de l’Ouest est déjà à l’ère des organismes génétiquement modifiés (OGM). Le Bénin a bien renouvelé pour cinq ans le moratoire sur les OGM, mais le Mali vient d’autoriser les essais de coton Bt et, surtout, le Burkina Faso s’y est mis, clandestinement d’abord, publiquement ensuite, une fois le pot aux roses découvert, depuis 2001.

Cette introduction s’est faite en violation d’au moins deux textes. La convention sur la diversité biologique, adoptée en 1992, et le protocole de Carthagène sur la biosécurité de 2000.

En 2008, douze mille hectares de coton ont été mis en culture pour la production de semences pour trois cent mille à quatre cent mille hectares au Burkina.

La porosité des frontières en Afrique est telle que, dès qu’un pays s’y met, tous les pays limitrophes sont contaminés. Or, expliquent les spécialistes, une plante contaminée ne peut revenir à son état antérieur et rien ne distingue à l’œil nu une plante génétiquement modifiée d’une autre. C’est peut-être le calcul fait par le fameux semencier américain Monsanto, en choisissant en 2001 le Burkina Faso, frontalier de six autres pays. Les essais au Burkina Faso ont donc valeur de test pour les OGM dans toute la région.

Violation

En 2001, la firme américaine a commencé, avec l’Institut de l’environnement et de la recherche agricole (INERA), dans le plus grand secret, les premiers essais de coton Bt, une variété locale à laquelle a été ajouté un gène tiré d’une bactérie du sol, Bacillus thuringiensis, mortelle pour certains ravageurs du coton.

Cette introduction s’est faite en violation d’au moins deux textes. La convention sur la diversité biologique, adoptée en 1992, et le protocole de Carthagène sur la biosécurité de 2000. Suivant les termes de ces traités internationaux, avant toute introduction d’OGM les pays doivent se doter d’un cadre législatif, prendre les plus grandes précautions, s’engager à informer la population des dangers et procéder à une large concertation publique.

Au Burkina Faso, c’est en 2003 seulement, incidemment, à l’occasion d’un atelier sur la biosécurité, que la Ligue des consommateurs a eu vent de ces essais. Pour toute réponse, Monsanto argua que les OGM constituaient un moyen de lutte contre la pauvreté en dynamisant l’agriculture burkinabée et que les essais étaient effectués dans des « espaces confinés ». En réalité des parcelles entourées de filets déchirés, révélèrent les associations.

Il faudra attendre 2006 pour que le pays des hommes intègres se mette en règle avec l’adoption par le Parlement, en avril, d’un texte sur le régime de sécurité en biotechnologie. La loi adoptée, malgré ses 75 articles, n’a pas fait le bonheur des associations de lutte contre les OGM parce qu’elle charge l’Agence nationale pour la biosécurité (ANB) de l’évaluation des risques, qui sont justement incontrôlables pour les OGM.

En Afrique, les contrôles sont encore plus improbables en raison de leurs coûts. Les citoyens sont donc privés de toute information, de tout élément objectif d’appréciation.

Revirement

Une fois le secret percé, le gouvernement burkinabé a fait des OGM son cheval de bataille dans la lutte pour l’amélioration des conditions paysannes, alors même que l’introduction avait valeur de test. Face à la volonté de l’Etat, l’Union nationale des producteurs de coton du Burkina (UNPCB) s’est d’abord mobilisée avant de changer de position. Le front anti-OGM lie ce revirement aux 30% des parts dans la Société des fibres textiles (SOFITEX), la principale société cotonnière burkinabée, qui lui a été offerte. Ce revirement cassa le mouvement paysan avec la création, en 2003, du Syndicat national des travailleurs de l’agropastoral (SYNTAP), qui reprend le flambeau de la lutte contre les OGM.

Un combat bien inégal. Face au syndicat, il y a l’UNPCB et les trois sociétés cotonnières. Le privilège de fixer les prix du coton leur est dévolu par le gouvernement. Ce sont les usines qui distribuent également à crédit les insecticides, les herbicides et les semences, et collectent ensuite les récoltes. Le paysan est soumis au bon vouloir des industriels. Ceux qui seraient tentés de produire une autre variété de coton que le transgénique ne pourraient pas l’écouler.

Combat inégal

Le combat est-il ainsi perdu d’avance ? Il est en tout cas bien déséquilibré. Le front anti-OGM burkinabé a reçu le renfort de paysans du Bénin, de Côte d’Ivoire, du Mali, du Niger, du Sénégal et du Togo pour former une Coalition pour la conservation du patrimoine génétique africain (COPAGEN), qui a organisé en février 2007 une caravane de sensibilisation au danger des OGM, mais ses moyens sont dérisoires face à la propagande de Monsanto qui soutient que ses semences augmentent les rendements de 45%, réduisent les coûts de 62%, soit une économie de 12 525 francs CFA par hectare (20 euros). Mais Monsanto garde secret le prix des droits de propriété intellectuelle qui devra s’ajouter au coût des semences.

Monday, March 02, 2009

MARCHE DE PROTESTATION CONTRE LES OGM AU MALI


Le vendredi dernier, la Coalition pour la protection du patrimoine génétique malien (COPAGEN-Mali) a procédé à une marche de protestation contre l’introduction des OGM dans notre agriculture. Cette marche, sanctionnée par la remise aux autorités et à l’USAID d’une déclaration, a enregistré la présence massive des femmes et de nombreuses personnalités de marque. Le représentant de l’USAID a reçu la déclaration de la main d’Aminata Dramane Traoré.

“A bas les OGM! Nous ne voulons que les semences d’antan, nous ne voulons pas de changement!”: tels ont été entre autres slogans brandis par les protagonistes de cette marche. En effet, l’introduction des OGM dans notre agriculture devient de plus en plus un sujet de débat public grâce à la Coalition pour la protection du patrimoine génétique malien, auquel tous les citoyens doivent pouvoir contribuer. Par ailleurs, les OGM, résultat d’une manipulation des êtres vivants, ont fait ressortir des enjeux et des défis énormes sur lesquels tout Africain et tout Malien en particulier a le devoir de s’informer et de se former pour contribuer efficacement aux débats, qui de plus en plus, s’organisent à travers les mouvements sociaux. Ces enjeux sont, entre autres, d’ordre scientifique, politique, économique et socio-culturel. Selon Mme Aminata Dramane Traoré, il y va de l’avenir de l’agriculture et du bien-être des hommes et des femmes du continent. Depuis une décennie, a-t-elle dit, l’Afrique fait l’objet de plusieurs offensives systématiques pour amener ses décideurs à l’engager dans la production et la commercialisation de produits transgéniques. Ainsi, la dernière offensive de la Banque Mondiale veut pousser des pays comme le Burkina Faso, le Bénin, le Mali, le Sénégal et le Togo à adopter des lois favorables à l’introduction, la production et la commercialisation des OGM en Afrique.

Comme si tout cela ne suffisait pas, cette institution financière vient de prendre l’initiative cynique de s’investir dans un projet intitulé “Projet régional sur la bio sécurité en Afrique de l’Ouest” pour imposer aux Etats d’Afrique une loi uniformisée favorisant l’introduction, la production et la commercialisation des OGM, comme l’atteste clairement un des objectifs explicités du projet, dira-t-elle.
Alors, il est important de rappeler que le gouvernement du Mali a pris la décision sage de surseoir à l’introduction des OGM il y a deux ans lors d’un conseil de ministre malgré l’avis plutôt favorable du ministre Seydou Traoré. Les lois sur la biosécurité ne sont pas une fin en soi. L’essentiel est de prendre en compte les préoccupations des communautés et de respecter les droits sur les ressources qu’elles ont protégées pendant des générations.

Mariétou KONATÉ, Soir de Bamako

Soir de Bamako, est seul responsable du contenu de cet article

Comme annoncé dans notre parution du vendredi 21 juillet 2006, la Coalition pour la Protection du Patrimoine Génétique Malien (COPAGEN-Mali) était dans les rues de Bamako le vendredi dernier. La marche pacifique de protestation contre l’introduction des OGM au Mali sur plus de 3 Km de l’APCAM jusqu’à la représentation de l’USAID au Mali en passant par le ministère de l’Agriculture a réunis au moins 1.000 personnes selon les organisateurs, un peu plus de 600 selon la police.

En tout cas, la détermination était très forte chez les marcheurs. Tout au long du parcours, les activistes scandaient des slogans tels : Non aux OGM dont les risques non maîtrisés sont des dangers pour le consommateur et l’environnement ; Non à Mosanto ; Non à Syngenta ; Non à l’imposture, Non à l’hypocrisie, Oui pour le respect et la mise en oeuvre du protocole de Carthagène.

Parmi les manifestants, il y avait Mmes Aminata Dramane Traoré, Assétou Samaké, Assétou Kanouté, Mamadou Goïta, Badou Samounou, etc.

DES RESPONSABLES SE CACHENT

Lorsque les marcheurs sont arrivés au ministère de l’Agriculture, ils ont été reçus par le Chef de cabinet dudit département à la place du ministère Seydou Traoré dont la démission est demandée par le COPAGEN-Mali.

A l’USAID également, ce n’est pas le représentant en personne qui a reçu les manifestants; craignant sa sécurité, dit-on, il s’est fait représenté par un Malien travaillant chez lui. Et pourtant, la marche a été bien encadrée par la police. Dans toutes ces structures, la Coalition pour la Protection du Patrimoine Génétique Malien a remis une déclaration dont le contenu s’oppose farouchement à l’introduction des OGM au Mali.

DES PREALABLES A L’INTRODUCTION DES OGM

L’introduction des OGM en agriculture devient de nos jours un sujet de débat public auquel toute citoyenne et tout citoyen doit pouvoir contribuer. En effet, les OGM, la manipulation des êtres vivants a fait ressortir des enjeux et des défis si énormes que tout citoyen africain et toute citoyenne a le devoir de s’informer et de se former pour contribuer efficacement aux débats qui, de plus en plus, s’organisent à travers les mouvements sociaux. Ces enjeux sont entre autres d’ordre : politique ; économique ; socioculturel.

Pour les Africains, notamment les mouvements sociaux et les décideurs l’usage ou le refus des OGM déterminera l’avenir de l’agriculture et le bien-être des hommes et des femmes de notre continent en général et du Mali en particulier.

Depuis une décennie, l’Afrique fait l’objet de plusieurs offensives bien structurées de façon chronologique pour convaincre nos décideurs par tous les moyens d’engager la vie de notre nation dans la production et la commercialisation des produits transgéniques. Il s’agit :

• d’abord des multinationales, notamment Monsanto (USA) et Syngeta (Suisse) qui tiennent à rentabiliser leurs OGM qu’elles ont produits à coûts de milliards de dollars US et en même temps à continuer leur expérimentation dans notre pays.

• ensuite certaines coopérations bilatérales, en particulier les USA, à travers l’USAID, ont pris le relais de leurs entreprises multinationales pour faire des chantages politiques, économiques, culturels sur nos décideurs afin d’obtenir l’ouverture de notre agriculture et de notre économie aux cultures et produits transgéniques ;

• enfin, la dernière offensive est celle des institutions financières internationales, notamment la Banque Mondiale (BM) qui veut pousser nos pays (Burkina Faso, Bénin, Mali, Sénégal et Togo) à adopter des lois favorables (non contraignantes) à l’introduction, la production et la commercialisation des OGM en Afrique ; cette même banque qui, dans un passé très récent, a démontré toutes ses incompétences à formuler et à mettre en oeuvre des politiques cohérentes de développement pour nos Etats.

Les Programmes d’Ajustement Structurel (PAS) qui ont mis à plat nos pays sur les plans économique, politique et socioculturel et qui ont contribué à créer la “pauvreté extrême” sont illustratifs à plus d’un titre. La lutte contre la pauvreté est aujourd’hui le nouveau programme de la BM en cours dans notre pays.

Comme si tout cela ne suffisait pas, cette institution financière vient de prendre l’initiative cynique de s’investir dans un projet institulé “Projet régional sur la Biosécurité en Afrique de l’Ouest” pour imposer à nos états une loi uniformisée favorisant l’introduction, la production et la commercialisation des OGM comme l’atteste clairement un des objectifs explicites du projet. Il est important de rappeler que notre gouvernement a pris, la décision sage de surseoir à l’introduction des OGM il y a deux ans lors d’un conseil de ministres.

Malgré tout, le ministre de l’Agriculture continue de prendre des positions et des initiatives au niveau sous-régional et international, engageant notre pays sur les OGM. L’une des initiatives récentes, selon le COPAGEN est la caution portée à un projet de la Banque Mondiale sur la biosécurité au niveau régional qui n’est autre qu’une forme voilée pour introduire les OGM dans l’agriculture de notre pays.

C’est autour cette initiative de la Banque Mondiale qui a fait l’objet de concertation “expéditive” dans les cinq pays dits partenaires du projet que les mouvements sociaux du Mali, engagés au sein de la Coalition pour la Protection du Patrimoine Génétique Malien intervenant dans plusieurs domaines, ont décidé d’organiser une marche de protestation pour informer les populations et les décideurs.

DE QUEL PROJET S’AGIT-IL ?

Le projet en question intitulé : “Proposed West Africa Regional Biosafety Project” est disponible seulement en anglais, bien qu’il ne concerne que des pays francophones : Bénin, Burkina Faso, Mali, Sénégal et Togo qui ont ratifié le protocole de Carthagène.

ANALYSE CRITIQUE DU COPAGEN

Les points suivants méritent d’être soulignés par rapport à un tel projet qui, de façon subtile comme à l’accoutumée, tente de cacher des objectifs mercantiles au détriment de l’intérêt de notre pays et des populations laborieuses :

* Ce n’est pas un hasard si le coton, la culture la plus économiquement rentable et socialement dynamique (qui fait l’objet de beaucoup de polémiques au niveau international liées entre autres aux problèmes de subventions des USA et de l’Europe, de l’accès aux marchés...) est le premier produit proposé actuellement dans le cadre de ce projet ;

* Le problème actuel du coton au Mali n’est pas celui de la production (quantité) mais bien ceux de la transformation/valorisation et de l’accès à des prix justes et équitables au producteur (notamment la question des subventions). Le coton Bt (coton OGM) ne sera donc pas la solution à ces problèmes.

* Il est évident que ce projet cherche à mettre en place un cadre réglementaire favorisant l’introduction des cultures génétiquement modifiées dans la région.

* Il est choquant de constater que nulle part dans ce projet, la question fondamentale des droits des communautés sur leurs ressources génétiques n’est prise en compte.

* Les OGM ne peuvent pas contribuer à “l’augmentation des revenus des producteurs” comme mentionné dans le projet. Les OGM qui sont faits pour l’agriculture industrielle éliminent non seulement les petits producteurs mais créent une dépendance des semences produites par les multinationales. Les petits producteurs constituent la majorité des agriculteurs en Afrique qui produisent l’essentiel de notre alimentation.

* L’objectif environnemental global cité dans le projet, à priori “séduisant”, cache l’objectif inavoué de légaliser les tests (officiels et cachés) menés dans notre pays.

* Ce projet qui veut faire du Mali en plus d’autres Etats de la sous-région “un espace attractif pour les recherches et l’utilisation des biotechnologies” n’a d’autres finalités que de dégager les responsabilités des multinationales en cas de dommages sanitaires, environnementaux, économiques... causés par les OGM.

* L’UEMOA en tant qu’institution sous-régionale n’a pas la légitimité d’autoriser la formulation et la mise en oeuvre d’un tel projet sur la biosécurité qui relève de la souveraineté de chaque pays du moment où le protocole de Carthagena et la convention sur la biodiversité indiquent que chaque pays doit prendre en compte ses propres spécificités.

* La Banque Mondiale, en tant qu’institution financière ne peut se donner le droit d’imposer à nos Etats une législation sur la biosécurité pour légitimer l’utilisation et la consommation des produits qui font l’objet de polémiques et de rejet partout dans le monde.

QUELLES CONCLUSIONS TIRER DE CETTE ANALYSE ?

Il est évident, à partir d’une telle analyse, que ce projet de la Banque Mondiale intitulé “Proposed West Africa Regional Biosafety Project” ne présente aucun intérêt pour notre sous-région en général et pour nos pays pris individuellement en particulier. Nos préoccupations en tant que Maliens par rapport à l’agriculture sont autres. Il s’agit entre autres :

• Les OGM ne sont pas une solution pour le Mali. Plusieurs alternatives scientifiquement maîtrisables, économiquement rentables et socialement durables existent de nos jours en plus de toutes les ressources locales que possède notre pays pour se nourrir mais aussi pour produire de la richesse.

• Les problèmes majeurs de l’agriculture du Mali sont entre autres : la maîtrise de l’eau, la fertilité des sols dans certains pays, l’accès aux moyens de production (notamment les questions de sécurisation foncière), l’accès aux crédits à des coûts acceptables, la transformation des produits pour ajouter une plus-value, l’accès aux marchés...

• Les lois sur la biosécurité ne sont pas une fin en soi. L’essentiel est de prendre en compte les préoccupations des communautés et de respecter leurs droits sur les ressources qu’elles ont protégées pendant des générations.

• L’UEMOA doit s’occuper de sa fonction originelle qui consiste à créer les conditions favorables pour permettre aux pays membres d’accéder aux marchés intérieurs et d’accompagner les initiatives économiques internes en priorité au profit de nos populations. Elle ne doit pas constituer un frein au développement économique de nos Etats en prônant des politiques d’ouverture suicidaires qui mettent en péril la paix dans la sous-région.

• La Banque Mondiale a largement contribué à déstabiliser l’économie du Mali et de la sous-région en particulier et de celles de toute l’Afrique en générale à travers les PAS imposés aux Etats. Tout le monde est unanime aujourd’hui pour reconnaître que les PAS ont consisté à drainer l’essentiel des revenus de nos Etats vers l’extérieur. Les OGM s’inscrivent dans cette même logique de dépossession et de dépendance de l’Afrique.

Pour toutes les raisons évoquées ci-dessus, Coalition pour la Protection du Patrimoine Génétique Malien demande - A l’UEMOA et au gouvernement malien :

• l’arrêt immédiat de toutes les actions relatives à la recherche de financement et à la mise en place du projet de la Banque Mondiale intitulé “Proposed West Africa Regional Biosafety Project” ;

• l’adoption des lois qui protègent les droits des communautés sur leurs ressources génétiques ;

• la résistance à toutes les formes de pressions relatives à l’introduction des OGM dans l’agriculture malienne ;

• la valorisation des ressources locales et des savoirs qui y sont associés ;

• la promotion (application et diffusion) des alternatives dans l’agriculture qui sont des acquis de la recherche au Mali.

Aux populations maliennes de:

• résister à toute tentative d’introduction des OGM dans notre agriculture ;

• valoriser les ressources locales pour une meilleure création de richesses de façon durable ;

• s’informer et se former pour mieux comprendre les enjeux liés aux OGM et à leurs droits afin d’agir en connaissance de causes.

Daba Balla KEITA, Nouvel Horizon

Nouvel Horizon, est seul responsable du contenu de cet article

OPPOSITION DES OP MALIENNES A LA LOI RELATIVE AUX OGM


Les organisations paysannes en sit-in devant l’Assemblée nationale :

«Si vous adoptez le projet de loi sur les OGM, vous trahissez vos électeurs»





Pour protester et mettre en garde les élus du peuple contre une éventuelle adoption du projet de loi sur l’introduction des organismes génétiquement modifiés dans l’agriculture malienne, dont la question était en séance plénière hier jeudi 13 novembre à l’Assemblée nationale, la Coordination nationale des Organisations Paysannes (CNOP) a organisé le même jour un sit-in devant le Parlement.

Halte à la corruption et l’achat des élites contre les intérêts des masses laborieuses», «OGM : nous n’accepterons jamais un processus non transparent», «OGM ni dans mon champs ni dans mon assiette», «OGM : la loi d’orientation agricole est en train d’être violée».

Voilà entre autres slogans, qu’on pouvait lire hier matin sur les banderoles et les pancartes du petit groupe de manifestants de la CNOP, qui a investi hier la grande devanture de l’Assemblée nationale.

Encadrés par un impressionnant dispositif policier, les manifestants, à en croire le président de la CNOP, Ibrahima Coulibaly, entendent attirer l’attention de l’opinion nationale et plus spécifiquement des élus de Bagadaji sur une éventuelle adoption du projet de loi sur l’introduction des OGM dans l’agriculture malienne.

«Si ce projet de loi est adopté les paysans maliens seront aliénés aux firmes occidentales dans l’approvisionnement semencier. Pire, aucune étude appropriée n’a jusque-là recommandé l’utilisation de ces OGM dans nos consommations. Aussi, en aucun moment les organisations paysannes n’ont été associées à ce processus».
Ainsi, le président du CNOP a mis en garde les députés contre l’adoption de ce projet de loi. «Si vous votez en faveur de cette loi, cela veut dire que vous avez trahi vos électeurs. Si cette loi est adoptée, cela signifie également que le gouvernement malien a violé ses propres conventions qu’il a signées dans le cadre de l’introduction de ces OGM. Notamment le protocole de Cartegena, la Convention internationale sur la biodiversité et la Loi d’orientation agricole. Ces différents protocoles avaient souhaité que même si les OGM devraient être introduits dans notre pays, cela doit se faire de façon transparente, ce qui n’est pas aujourd’hui le cas».

Pour les organisations paysannes du Mali, «même si cette loi est adoptée nous ne serons pas d’accords». «Et nous descendrons dans les villages et dans les hameaux pour dire aux paysans que leurs intérêts ne sont plus défendus au niveau de l’Assemblée nationale», a-t-il prévenu.
Chahana TAKIOU

Assemblée nationale : La loi sur les OGM passe

Malgré le sit-in matinal des organisations paysannes devant l’Assemblée nationale hier jeudi 13 novembre, les élus de la nation ont adopté la loi relative à la sécurité en biotechnologie appelée également loi sur les OGM. Ce sont 108 députés qui ont voté ce projet de loi contre 20 et 0 abstention.

C’est le ministre de l’Environnement et de l’Assainissement, Agathane Ag Alassane, qui a défendu ce projet de loi. Contesté par les organisations paysannes et l’opposition parlementaire, ce projet de loi a fait l’objet d’intenses débats à l’Hémicycle. Certains estiment qu’il n’est pas bon pour les paysans et les consommateurs. D’autres soutiennent le contraire en affirmant qu’il permet d’augmenter la quantité et de moderniser l’agriculture.

Le ministre Agathane Ag Alassane a, pour sa part, laissé entendre que la bio-technologie ne concerne pas que l’agriculture. «L’objectif du protocole de Cartagena est de garantir un niveau adéquat de protection pour la biodiversité et la santé humaine dans le transfert, la manipulation et l’utilisation des organismes génétiquement modifiés (OGM) produits par la biotechnologie moderne en mettant l’accent sur les mouvements transfrontaliers».

Il ressort du rapport de la commission du développement rural et de l’environnement que la biotechnologie permet de renforcer les capacités nationales. En dépit de son fort potentiel pour améliorer la production agricole, la biotechnologie moderne connaît peu d’application au Mali.

Le même rapport définit la biosécurité ou sécurité biotechnologique ainsi que suit : il est pour notre pays, une nécessité impérieuse de prendre toutes les mesures nécessaires, pour se mettre à l’abri des risques éventuels liés aux différentes applications de la biotechnologie moderne.

Le but visé par cette loi consécutive à la Convention sur la diversité biologique signée par notre pays, est la conservation de la diversité biologique, l’utilisation durable des ressources naturelles et le partage juste et équitable des avantages découlant de l’exploitation des ressources génétiques.

Chahana TAKIOU, L'Indépendant

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